Prière du soir en famille : parler, pas réciter

Le seul texte qui dise comment la prière passe dans une maison ne fixe ni rite ni durée. Il nomme des moments, dont celui du coucher.

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Tu as décidé, un soir, qu’on prierait ensemble avant le coucher. La première semaine a tenu. La deuxième, quelqu’un n’était pas rentré. La troisième, les petits tombaient de sommeil et le grand a dit qu’il ferait sans. Un mois plus tard il ne reste rien, et l’impression d’avoir raté quelque chose de simple.

Regarde ce qui s’est passé, parce que ce n’est pas un manque de volonté. Tu n’as pas essayé de prier ensemble. Tu as essayé d’installer un moment nouveau, qui n’existait pas la veille, et qui demandait que tout le monde soit disponible, calme et d’accord en même temps. Aucun soir de semaine ne réunit ces trois conditions.

Le texte ne fixe pas un rite, il nomme des moments

Il y a dans la Bible un passage qui dit comment ces choses passent d’une génération à l’autre à l’intérieur d’une maison. Il est au Deutéronome, juste après le commandement d’aimer Dieu de tout son cœur.

Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.

Deutéronome 6.6-7 (Segond 1910)

Compte ce qui est prescrit, et surtout ce qui ne l’est pas. Aucune durée. Aucune formule. Aucune posture, aucune pièce de la maison, personne n’est désigné pour conduire. Ce que le verset donne, ce sont quatre moments, et ils ont tous la même particularité : ils existent déjà. On est dans la maison, on est en chemin, on se couche, on se lève. Il n’y a rien à créer, seulement un endroit où se poser.

Et il y a le verbe. Le texte ne dit pas « tu les réciteras », il dit « tu en parleras ». Parler, c’est ce qu’on fait au bord d’un lit quand on demande comment la journée s’est passée. Une prière du soir en famille n’est donc pas une cérémonie en modèle réduit. C’est une conversation qui, à un endroit, s’adresse à quelqu’un d’autre.

Deux ou trois, c’est déjà le compte

Le deuxième blocage est le nombre. On attend d’être au complet, et une maisonnée au complet à la même heure, le soir, c’est rare.

Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.

Matthieu 18.20 (Segond 1910)

C’est le plus petit rassemblement que l’Évangile nomme, et il est plus petit qu’une famille. Deux, c’est un parent et un enfant. C’est aussi deux enfants entre eux, ou deux adultes une fois la maison éteinte. Personne n’est en défaut parce que le troisième n’a pas voulu venir.

Cela change la façon de commencer. Tu ne convoques pas : tu commences avec ceux qui sont là, au moment où ils y sont, chambre par chambre s’il le faut. Ce qui se répète finit par se savoir, et ce qui se sait finit par attirer.

Court n’est pas une concession

En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.

Matthieu 6.7 (Segond 1910)

La phrase vise une croyance précise : que la quantité fasse le poids. Une prière de trente secondes avec un enfant de six ans n’est donc pas une version au rabais de la vraie. C’est la vraie, dite par quelqu’un qui a six ans.

En pratique, trois choses tiennent en une minute. On remercie pour une chose du jour, une seule, nommée à voix haute. On confie une personne, nommée elle aussi. On dit ensemble une phrase apprise, celle de la maison, que les plus petits peuvent dire avec les autres avant même de savoir lire.

Une prière du soir pour une maison

Voici une prière écrite pour cette page. Elle est faite pour être dite à voix haute par un seul, les autres écoutant, et elle tient sur un souffle.

Seigneur, la journée est finie, et nous n’en gardons pas tous la même chose. Merci pour ce qui a été bon aujourd’hui, même si c’est petit. Pardon pour ce qui a été dur entre nous, et qui ne se réglera pas ce soir. Garde ceux qui dorment sous ce toit, et ceux qui nous manquent. Donne-nous la nuit, et rends-nous demain.

Par où commencer cette semaine

Une seule décision, et elle ne porte pas sur le contenu : choisis le moment, et choisis-le parmi ceux qui existent déjà. Le dernier verre d’eau, le bord du lit, la main sur l’interrupteur. Pas un créneau à défendre dans la soirée, mais un geste ordinaire qu’on prolonge de quarante secondes.

Ensuite, garde la même phrase pour ouvrir, tous les soirs la même, pour que les enfants sachent que cela commence sans qu’on ait à réclamer le silence. Et la même pour finir.

Si tu cherches un appui pour ta propre prière du soir, une fois la maison couchée, la prière du soir prend la relecture de la journée en solitaire. Si c’est la nuit elle-même qui inquiète et ce qui n’est pas résolu au moment d’éteindre, la prière pour la nuit porte sur cela. Et si l’obstacle est de ne pas savoir quoi dire, comment prier reprend la question depuis le début.

Là où cette page n’a rien à faire

Une prière commune suppose que chacun puisse ne pas venir. Un enfant qui dit non a dit non, et une prière du soir qui se tient contre quelqu’un n’est plus une prière du soir, c’est une discipline. Ne t’en sers jamais pour clore une dispute à ton avantage, ni pour obtenir un aveu, ni pour faire dire à quelqu’un devant les autres ce qu’il n’a pas voulu dire seul.

Et si le soir, chez toi, n’est pas un moment sûr, ce n’est pas d’abord d’une prière commune qu’il s’agit. En France, le 3919 répond aux femmes victimes de violences et à leur entourage, gratuitement, anonymement, à toute heure. Ce n’est pas un numéro d’urgence : en danger immédiat, c’est le 17 ou le 112.

Questions fréquentes

Comment prier le soir en famille avec de jeunes enfants ?

En accrochant la prière à un moment qui existe déjà, pas en créant un rendez-vous nouveau. Le dernier verre d'eau, le bord du lit, la main sur l'interrupteur. Deutéronome 6.7 ne prescrit ni durée ni formule : il nomme quatre moments ordinaires, dont celui du coucher, et il dit « tu en parleras », pas « tu réciteras ». Une phrase de remerciement, un prénom confié, une phrase apprise que les petits peuvent dire avec les autres : cela suffit.

Combien de temps doit durer une prière du soir en famille ?

Moins longtemps qu'on ne l'imagine. Matthieu 6.7 vise exactement la croyance inverse, celle qui fait dépendre l'exaucement de la quantité de paroles : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés » (Segond 1910). Une minute tenue tous les soirs vaut mieux qu'un quart d'heure tenu trois fois.

Faut-il que toute la famille soit présente ?

Non, et attendre le compte complet est la raison la plus fréquente pour laquelle cela ne commence jamais. Le plus petit rassemblement que nomme l'Évangile est de deux ou trois (Matthieu 18.20), soit moins qu'une famille. Un parent et un enfant, deux enfants entre eux, deux adultes une fois la maison éteinte : on commence avec ceux qui sont là, chambre par chambre s'il le faut.

Que faire si un enfant ne veut pas prier ?

On le laisse ne pas venir. Une prière qui se tient contre quelqu'un n'est plus une prière, et un enfant contraint apprend surtout à attendre l'âge de refuser. On garde le moment ouvert, sans commentaire le lendemain, et on continue avec les autres. Ce qui se transmet dans une maison n'est pas ce qu'on impose, c'est ce qu'on fait devant quelqu'un assez longtemps pour qu'il le reconnaisse.