Le carnet · 14 juillet 2026

Le premier matin

Il faut bien commencer quelque part, alors je commence par avouer la contradiction. Je construis une application de prière. C’est-à-dire que je demande à des gens de prier depuis l’objet même qui, le reste du temps, les empêche de tenir en place. Le téléphone est le désert et l’oasis dans la même main.

J’y ai longtemps résisté. Prier, ce serait plutôt fermer l’écran, allumer une bougie, se taire. Et puis j’ai regardé la vérité en face : le téléphone, on l’ouvre déjà. Trente fois, cinquante fois. La question n’est pas de l’éteindre — je n’y arrive pas plus que toi — mais de savoir si, une seule de ces fois, il peut ouvrir sur autre chose que le vide qui appelle le vide.

Le nom est venu avant le reste. La manne. Ce pain qu’on ne pouvait pas stocker, qu’il fallait revenir chercher chaque matin, sous peine de le voir pourrir. J’ai aimé que ce soit une leçon sur la mesure : pas de réserve, pas de trop-plein, juste ce qu’il faut pour aujourd’hui. À l’époque du toujours-plus, une seule prière par jour ressemble presque à une provocation. C’en est une, je crois.

Alors le matin, pendant que je dors, des textes s’écrivent. Une prière, un verset, une question. Je relis, je coupe, je garde ce qui coule. Je me méfie des mots pieux qui ne veulent rien dire, des points d’exclamation qui crient à la place de croire. Ce que je cherche, c’est une phrase assez nue pour qu’un croyant fatigué la reconnaisse, et assez ouverte pour qu’un autre, qui ne sait pas s’il croit, puisse la dire sans mentir.

Ce carnet sera l’endroit où je dis les choses sans les vendre. Pas la page qui répond à une question qu’on tape dans Google — l’autre, la plus petite, où j’écris ce qu’une prière m’a fait, ce que je repousse, ce dont je doute. Le premier matin, donc. Il y en aura d’autres. On verra bien ce que le pain du jour donne.

Manna offre chaque matin une prière choisie pour toi — sur le Play Store.