Prière après un refus : ce qu'on prie quand c'est non

Une prière après un refus ne rejoue pas la demande. Le seul homme du Nouveau Testament qui raconte s'être vu répondre non avait compté ses essais.

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Il y a le moment où la nouvelle tombe, et il y a les jours d’après. Le premier est court : un message, un appel de deux minutes, une phrase polie qui commence par « malheureusement ». Les jours d’après sont longs, et c’est là que tout se joue.

Une prière après un refus n’a pas pour objet de faire revenir la décision. Elle a pour objet d’empêcher que le non se mette à répondre à des questions qu’on ne lui a pas posées.

Ce qu’un refus dit, et ce qu’il ne dit pas

Un refus répond à une demande. Une seule. Ce poste, cette école, ce prêt, cette invitation, ce service demandé à quelqu’un. La réponse est non, elle est nette, et elle porte sur cet objet-là.

Puis, en trois ou quatre jours, quelque chose se met en marche. Le non s’élargit. Il ne répond plus seulement à la demande : il répond à « est-ce que je m’y suis mal pris », puis à « est-ce que je suis à la hauteur », puis à « est-ce que je dois arrêter de demander ». Aucune de ces trois questions n’a été posée à personne. Le refus n’en a traité aucune. Il a dit non à une chose.

C’est ce glissement que la prière d’après vient arrêter. Pas la douleur : le glissement.

La distinction vaut aussi pour un échec, qui touche un endroit plus intime. Dans un refus, quelqu’un a décidé. Dans un échec, personne, et il n’y a pas d’adresse où poser la chose. Raison de plus pour la nommer avec précision au lieu de la laisser s’étendre.

Une prière après un refus

Voici une prière écrite pour cette page. Elle est faite pour être dite quelques jours après, pas dans l’heure qui suit. Dans l’heure qui suit, il n’y a rien à dire, et ce n’est pas grave.

Seigneur, c’est non, et je l’ai entendu. Je ne Te demande pas de revenir là-dessus. Je Te demande de ne pas me laisser en faire une sentence. Garde-moi ce que j’ai appris en préparant. Ce que j’espérais n’était pas ridicule. Ceux qui ont décidé, je Te les remets, sans instruire leur procès dans ma tête. Et montre-moi ce qui reste à faire demain, même petit, même sans rapport.

La troisième ligne est celle qui coûte. Un refus a cette particularité de réécrire ce qui le précède : la préparation devient du temps perdu, l’espérance devient de la naïveté, et les vingt minutes avant l’entretien deviennent une scène gênante. Rien ne l’y autorise. Ce que tu as appris, tu l’as appris.

« Trois fois j’ai prié »

Le Nouveau Testament contient très peu de prières refusées racontées par celui-là même qui les a faites. Il y en a une, et elle tient en deux versets.

Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi.

— 2 Corinthiens 12.8 (Segond 1910)

Paul parle d’une « écharde dans la chair » dont il ne dit pas la nature et que personne n’a identifiée depuis. Ce qui frappe ici n’est pas l’écharde, c’est le chiffre. Il compte. On ne compte pas ses prières sans raison : on compte quand une décision est attachée au nombre. Trois fois, puis il s’arrête.

Il ne s’arrête pas parce qu’il a obtenu.

et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse.

— 2 Corinthiens 12.9 (Segond 1910)

Le non est venu avec une phrase. C’est la seule chose qui ait changé, et cela a suffi à faire cesser la demande. L’écharde, elle, est restée : Paul n’écrit jamais qu’elle est partie.

Il y a là quelque chose d’exigeant et de reposant à la fois. Exigeant, parce qu’on préférerait l’inverse, la guérison sans la phrase. Reposant, parce que cela donne à la prière d’après un objet atteignable. Demander une phrase à porter est une demande qui peut être exaucée aujourd’hui. Demander l’annulation du refus, non.

La route que le texte expédie en une ligne

Reste le cas, plus fréquent, des refus qui n’arrivent avec aucune phrase. Un passage des Actes les regarde en face, et il est rarement lu pour cela.

Ayant été empêchés par le Saint-Esprit d’annoncer la parole dans l’Asie, ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie. Arrivés près de la Mysie, ils se disposaient à entrer en Bithynie ; mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas.

— Actes 16.6-7 (Segond 1910)

Deux refus coup sur coup, aucun motif donné, et le texte n’explique rien. Il enchaîne : ils franchissent la Mysie et descendent à Troas. Une ligne. Sur une carte, ce sont des centaines de kilomètres à pied, des semaines de marche, sans savoir où l’on va.

On cite volontiers la suite pour conclure que le refus était une réorientation. Le texte ne le dit pas au moment où il arrive. Au moment où il arrive, il n’y a que la route, et c’est elle, pas la conclusion qu’on en tirera plus tard, qui demande de quoi tenir. Les jours où les mots manquent pour la dire, prier dans l’épreuve ne réclame pas de phrases construites.

Une piste concrète, une seule, à faire dans la semaine qui suit. Écris en une phrase ce que la demande visait vraiment : pas l’objet, le poste, la place, la réponse, mais ce que tu attendais qu’il te donne. De la sécurité, de la reconnaissance, un endroit où être utile. Ce que tu écris là n’a pas été refusé. Cela reste entièrement demandable, et par d’autres chemins que celui qui vient de se fermer, y compris pendant une recherche qui dure.

Cette page parle d’un non qui fait mal, pas d’un non qui met en danger. Si le refus a ouvert quelque chose de plus sombre et que l’idée d’en finir s’approche, le 3114 répond gratuitement, jour et nuit, et il répond aussi aux proches qui s’inquiètent.

Ce qui a été refusé, c’est une demande. Ce n’est pas toi.

Questions fréquentes

Que prier après un refus ?

Une prière qui ne rejoue pas la demande. Demande trois choses : de garder ce que la préparation t'a appris, de ne pas laisser le non se transformer en jugement sur ta personne, et de voir ce qui reste à faire demain, même petit. Demander l'annulation du refus est une prière qui ne peut pas être exaucée aujourd'hui ; demander de quoi tenir la semaine, si.

Quelle prière dire après un échec ?

La même, à ceci près qu'un échec touche un endroit plus intime qu'un refus : personne n'a décidé à ta place, et c'est plus dur à remettre. Nomme précisément ce qui a manqué, sans l'étendre. Un examen raté, une entreprise qui ferme, une relation qui n'a pas tenu : ce sont des choses, et aucune d'elles ne dit ce que tu vaux.

Faut-il redemander la même chose à Dieu après un non ?

Rien ne l'interdit, et l'Évangile encourage plutôt l'insistance. Mais compte, comme Paul comptait : il dit avoir prié trois fois pour la même chose (2 Corinthiens 12.8). Redemander tant que la demande est vivante en toi n'a rien de déplacé. Redemander pour ne pas avoir à recevoir la réponse est autre chose, et cela s'épuise.

Comment prier pour ceux qui ont refusé ?

En les remettant sans instruire leur procès dans ta tête. Un jury, un recruteur, une commission, un banquier décident avec ce qui leur est visible, souvent en peu de temps et rarement contre toi. Les bénir n'est pas approuver leur décision : c'est refuser qu'ils deviennent des personnages dans une scène que tu rejoues le soir.