Prière du dimanche : le premier jour, pas le dernier

Le dimanche chrétien n'est pas le septième jour, c'est le premier. Ce que cette place change à la prière du jour, avec les textes qui le disent.

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Le dimanche a une texture que les autres jours n’ont pas. Il y a du temps, et une inquiétude sourde à l’idée de mal l’employer. On se dit qu’on va prier, puisque c’est le jour pour, et on s’aperçoit vers l’après-midi qu’on a surtout fait le compte de la semaine passée et la liste de celle qui vient.

Le malentendu est ancien, et il tient à un seul point de calendrier que presque personne ne remarque. Le dimanche chrétien n’est pas le dernier jour de la semaine. C’est le premier.

Les textes ne datent jamais du septième jour

Regarde comment le Nouveau Testament date ses rassemblements. Il ne dit pas « le jour du repos », il ne dit pas « le septième jour ». Il compte à partir du début.

Le premier jour de la semaine, nous étions réunis pour rompre le pain. Paul, qui devait partir le lendemain, s’entretenait avec les disciples, et il prolongea son discours jusqu’à minuit.

Actes 20.7 (Segond 1910)

Même compte chez Paul quand il organise une collecte dans une communauté qu’il n’a pas sous les yeux.

Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu’il pourra, selon sa prospérité, afin qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons.

1 Corinthiens 16.2 (Segond 1910)

Et quand le jour finit par recevoir un nom, ce nom ne renvoie pas non plus au repos. Il renvoie à quelqu’un.

Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur.

Apocalypse 1.10 (Segond 1910)

Trois textes, trois situations sans rapport entre elles, un rassemblement, une collecte, une vision. La seule chose qu’ils partagent est la position dans la semaine.

Pourquoi le jour a bougé

La raison est donnée très tôt, et sans détour. Vers le milieu du IIe siècle, Justin de Naplouse explique à un empereur qui n’y comprend rien ce que font ces gens, et pourquoi ce jour-là. Il en donne deux raisons dans la même phrase : c’est le jour où Dieu, changeant les ténèbres, a fait le monde, et c’est le jour où le Christ est ressuscité (Première Apologie, 67).

Les deux raisons désignent un commencement. L’une est le commencement de tout, l’autre le commencement de ce que les chrétiens annoncent. Aucune des deux ne parle d’achèvement.

L’évangile de Jean prend d’ailleurs soin de le noter, jusqu’à l’heure.

Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine.

Jean 20.19 (Segond 1910)

La journée est datée deux fois dans le même chapitre, au matin puis au soir, comme si l’auteur tenait à ce qu’on ne se trompe pas de case dans le calendrier.

Un repos placé avant, et non après

Voilà ce que la place du jour change, et c’est tout le sujet de cette page. Un repos qui vient après l’ouvrage se mérite. Il récompense, il solde, il compte ce qui a été fait. Un repos placé au début ne récompense rien du tout, puisque rien n’a encore eu lieu.

Le sabbat juif, lui, tient l’autre bout, et il faut le dire ici pour ne pas le confondre avec le dimanche : c’est un temps rendu saint, comme l’a montré Abraham Joshua Heschel dans Le Sabbat en 1951. Ce n’est pas le sujet de cette page, et ce n’est pas à elle d’en traiter.

Mais si tu pries le dimanche comme on ferme une comptabilité, tu demandes au jour quelque chose qu’il n’est pas fait pour donner. De là le goût étrange des dimanches soir, cette impression d’avoir eu du temps et de ne pas savoir ce qu’on en a fait. On a passé la journée à regarder derrière.

Prier le dimanche, c’est prier les mains vides. Non pas vides de mérite, ce qui serait une idée triste, mais vides de bilan. Tu n’as rien à présenter : la semaine n’a pas commencé.

Une prière pour le dimanche

Voici une prière écrite pour cette page. Elle est faite pour le matin, avant que la journée se remplisse, et elle tient en une fois.

Seigneur, ce jour ne vient pas au bout de quelque chose. Il vient avant, et je n’ai rien à Te montrer que des mains vides. Prends la semaine que je n’ai pas encore vécue, ses heures déjà prises et celles dont je ne sais rien. Garde-moi de la remplir avant qu’elle arrive. Donne-moi aujourd’hui de recevoir ce jour comme il est, sans le payer.

Ce que cela change dans la journée

Trois choses tiennent, et elles sont petites.

La première : remercie pour quelque chose du jour même, pas de la semaine écoulée. Le café, la lumière sur le mur, une voix dans le couloir. Le jour n’a pas besoin d’un résumé.

La deuxième : demande pour la semaine qui vient, mais une seule chose, nommée. Pas une revue de tous les fronts. Une.

La troisième : garde un moment que tu ne remplis pas. Dix minutes suffisent. C’est là que le dimanche se distingue d’un jour de congé, qui est un jour vide qu’on se dépêche d’occuper.

Si le rythme qui te manque est celui des jours ordinaires plutôt que celui de la semaine, la prière quotidienne prend la question par sa régularité, et la prière du matin par l’heure du réveil. Et si c’est un repos plus long qui approche, la prière pour les vacances porte sur autre chose que cette page : sur le temps libre qu’on ne sait pas recevoir.

Quand le dimanche n’est pas libre

Il faut le dire, parce que cette page serait fausse sans cela. Une grande partie du monde travaille le dimanche, et pas par choix. Le soin, le transport, la sécurité, le commerce, les fermes. Un jour à part n’est pas un jour libre, et le texte de Justin décrit des gens dont beaucoup étaient esclaves et n’avaient aucune journée à eux.

Ce qui reste possible, alors, tient en peu : nommer le jour. Une phrase avant la relève, une autre après. La place du dimanche dans la semaine ne dépend pas de ce que ton emploi du temps t’en laisse.

Questions fréquentes

Pourquoi les chrétiens prient-ils le dimanche et non le samedi ?

Parce que le jour a été déplacé très tôt, et qu'il n'est pas déplacé au hasard. Les textes du Nouveau Testament ne parlent jamais d'un septième jour chrétien : ils datent les rassemblements du « premier jour de la semaine » (Actes 20.7, 1 Corinthiens 16.2, Segond 1910), et l'Apocalypse lui donne un nom, « le jour du Seigneur » (Apocalypse 1.10). Vers le milieu du IIe siècle, Justin de Naplouse écrit que les chrétiens s'assemblent le jour du soleil pour deux raisons : c'est le jour où Dieu fit le monde en changeant les ténèbres, et c'est celui où le Christ est ressuscité (Première Apologie, 67).

Comment prier le dimanche quand on ne va pas à la messe ?

En gardant la place du jour plutôt que son programme. Le dimanche n'est pas un jour où l'on prie plus longtemps, c'est un jour dont la prière n'est pas payée par la semaine écoulée. Dix minutes le matin, avant que la maison se remplisse, suffisent : une action de grâce pour une chose du jour même, une demande pour la semaine qui vient, et un silence qu'on ne remplit pas. Le reste de la journée n'a rien à prouver.

Faut-il faire le bilan de sa semaine le dimanche ?

C'est le réflexe le plus courant, et c'est celui qui fatigue. Le dimanche chrétien ne clôt pas la semaine, il l'ouvre : la relecture y est possible, mais elle n'est pas le sens du jour. Si tu tiens à relire, fais-le le samedi soir, et laisse au dimanche ce qu'il fait mieux, commencer sans avoir rien mérité.

Que faire du dimanche quand on travaille ce jour-là ?

On garde le jour comme repère même quand on ne peut pas garder l'heure. Beaucoup de métiers, dans le soin, le transport, la sécurité, rendent le dimanche impossible à libérer. La prière du dimanche tient alors en quelques minutes prises où elles se trouvent, avant la relève ou après. Ce qui compte n'est pas l'ampleur du temps, c'est de ne pas laisser le jour passer sans l'avoir nommé.