Prière pour la patience, quand elle est déjà épuisée
Une prière pour la patience à l'heure où elle a déjà manqué : ce que Jacques 5 mesure, comment reformuler la demande, et un geste pour aujourd'hui.
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On ne demande presque jamais la patience quand on en a. On la demande à l’instant exact où elle vient de manquer : la phrase est déjà partie, le ton a déjà changé, le message est parti trop vite. La demande arrive après, et elle ressemble plus à un regret qu’à une prière.
Il y a peut-être une raison à ça, et elle tient à ce qu’on croit demander.
Jacques ne demande pas une vertu, il donne une échéance
Le passage le plus direct de l’Écriture sur la patience tient en un verset, et il ne parle pas du tout de caractère.
Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison.
Jacques 5.7 (Segond 1910)
Relis-le en cherchant seulement le mot « jusqu’à ». Il y est deux fois, une fois par phrase. Jacques n’écrit jamais « soyez patients » tout court. Il écrit chaque fois patients jusqu’à quelque chose, et il prend la peine de nommer ce quelque chose.
Le laboureur ne se demande pas s’il en a assez
Ce détail change la nature de ce qu’on vient demander.
« Donne-moi de la patience » traite la patience comme une quantité. Un réservoir plus ou moins rempli, qui se vide à l’usage. Dans cette logique, on prie quand la jauge est basse, c’est-à-dire trop tard, et on demande un supplément dont on ne saura même pas constater l’arrivée.
Le laboureur du verset ne fonctionne pas ainsi. Il ne se demande pas s’il est quelqu’un de patient, la question ne se pose pas pour lui. Il sait deux choses : ce qu’il attend, et à peu près quand cela vient. Sa patience n’est pas une réserve intérieure, c’est un rapport à une durée dont il connaît le terme. Il ne déterre pas la graine pour vérifier.
D’où une reformulation qui n’a l’air de rien. Au lieu de demander de la patience, nommer l’échéance. Non pas « rends-moi patient », mais « tiens-moi jusqu’à jeudi », « tiens-moi jusqu’au résultat », « tiens-moi jusqu’à ce que cette conversation soit finie ». La demande devient bornée, donc vérifiable, et on peut la reprendre le lendemain sans avoir le sentiment d’avoir échoué à devenir quelqu’un d’autre.
Le signe qu’il n’y a plus d’échéance
Deux versets plus loin, Jacques dit une chose qui paraît sans rapport.
Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés : voici, le juge est à la porte.
Jacques 5.9 (Segond 1910)
Il vient de parler d’une attente longue, et il enchaîne sur la façon dont on se parle entre soi. L’ordre n’est pas un hasard. Une attente qui n’a plus de terme visible ne reste pas à sa place : elle se déplace vers ce qui est à portée, et ce qui est à portée, ce sont les gens. On tient très bien devant le dossier qui n’avance pas, et on devient sec avec la personne qui demande où on en est.
C’est le meilleur signal d’alarme que je connaisse, parce qu’il se repère de l’extérieur. Si tu deviens tranchant avec quelqu’un qui n’y est pour rien, ce n’est probablement pas cette personne qui te coûte. C’est une attente qui n’a plus de bord.
Si la colère a déjà pris toute la place, c’est une autre page : la prière contre la colère travaille sur ce qui monte vite, pas sur ce qui dure.
Une prière pour la patience
Voici une prière écrite pour cette page. Elle ne demande pas un tempérament, elle demande une durée.
Seigneur, ce n’est pas la patience qui me manque, c’est la fin. Je ne sais pas jusqu’à quand, et c’est ce jusqu’à quand qui m’use. Tiens-moi jusqu’à ce soir. Pas plus loin, je n’irai pas plus loin. Que je fasse aujourd’hui ce qui est à faire, sans exiger de savoir combien de fois encore. Garde ma voix douce avec ceux qui n’y sont pour rien : c’est sur eux que ça tombe quand ça déborde. Le temps que j’attends est déjà dans Tes mains. Laisse-m’en porter un jour.
Regarde ce qu’elle ne demande pas. Elle ne demande pas de devenir quelqu’un d’autre, et elle ne demande pas que l’attente s’arrête. Elle demande une échéance courte, et elle nomme au passage le dégât collatéral, qui est presque toujours quelqu’un.
Et quand on ne voit pas la fin
Reste le cas difficile, et Jacques ne l’évite pas. Quatre versets plus loin, il change d’exemple et prend celui de quelqu’un à qui personne n’avait donné de date.
Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda.
Jacques 5.11 (Segond 1910)
Le verbe porte tout le poids de la phrase, et il est au passé : « vous avez vu la fin ». Job, lui, ne l’a pas vue pendant. Il n’a pas tenu parce qu’il savait comment cela se terminerait. La fin ne se voit qu’après, et Jacques ne prétend nulle part le contraire.
Paul dit la même chose autrement, et presque en forme de définition.
Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.
Romains 8.25 (Segond 1910)
L’espérance porte sur ce qu’on ne voit pas. Ne pas voir le terme n’est donc pas un défaut d’attente, c’est sa condition ordinaire.
Monique a prié des années pour la conversion de son fils, sans échéance, en le suivant de Carthage jusqu’à Milan. Augustin rapporte ce qu’elle lui dit à la fin.
Une seule chose me faisait désirer m’attarder un peu en cette vie : te voir chrétien catholique avant de mourir. Mon Dieu me l’a accordé au-delà de mes vœux.
Monique, rapportée par Augustin, Confessions, IX, 10
Elle a vu la fin. Antoni Gaudí ne l’a pas vue. Il a donné les quarante-trois dernières années de sa vie à un chantier qu’il savait ne pas voir achevé.
Il n’y a pas à regretter que je ne puisse pas achever le temple. Je vieillirai, mais d’autres viendront après moi. Ce qu’il faut toujours conserver, c’est l’esprit de l’œuvre.
Antoni Gaudí, propos rapportés sur le chantier de la Sagrada Família (C. Martinell, Gaudí, su vida, su teoría, su obra, 1967)
Ces deux vies ne disent pas la même chose, et c’est pour cela qu’il faut les lire ensemble. L’une a reçu son terme et l’a vu de ses yeux. L’autre a confié le sien à des gens qu’il ne connaîtrait jamais. Ni Monique ni Gaudí n’ont obtenu de la patience en réserve. Les deux ont eu une échéance, et pour l’un des deux ce n’était pas la sienne.
Une chose à faire aujourd’hui
Une minute, avant la prochaine fois où ça va serrer.
Prends ce qui te coûte en ce moment et pose-toi une seule question : est-ce que j’en connais le terme ? Trois réponses possibles, et chacune donne une prière différente.
S’il y a une date, dis-la dans ta demande. « Tiens-moi jusqu’au 20. » C’est court, c’est vérifiable, et ça se renouvelle le lendemain.
S’il n’y a pas de date mais un signe, prends le signe. La fin d’un traitement, une réponse attendue, le soir où quelqu’un rentre. Le laboureur attend la pluie, pas une date au calendrier.
S’il n’y a ni date ni signe, alors ne demande pas la patience : demande la journée. Une seule, celle-ci. C’est la mesure qui reste quand toutes les autres manquent, et c’est celle que Jacques garde pour son exemple le plus long.
Puis, dans les trois cas, ajoute la ligne sur les gens. Elle ne coûte rien et elle évite l’essentiel des dégâts.
Si l’attente vient d’une épreuve qui a un nom, la prière dans l’épreuve prend le sujet de front. Et si c’est une agitation de fond qui rend chaque heure longue, la prière pour la paix intérieure travaille ailleurs : sur ce qui serre, pas sur ce qui dure.
Questions fréquentes
Quelle prière dire pour demander la patience ?
Une prière qui nomme une échéance plutôt qu'une vertu. « Donne-moi de la patience » demande une quantité, et une quantité ne se vérifie pas. « Tiens-moi jusqu'à ce soir », « tiens-moi jusqu'au résultat », « tiens-moi jusqu'à la fin de cette conversation » demande une durée bornée, qu'on peut reprendre le lendemain sans avoir l'impression d'avoir échoué.
Que dit la Bible sur la patience ?
Jacques 5.7 en donne la formulation la plus nette, et elle ne parle pas de caractère : « Soyez donc patients, frères, jusqu'à l'avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu'à ce qu'il ait reçu les pluies de la première et de l'arrière-saison » (Segond 1910). Le mot « jusqu'à » revient deux fois en un verset. La patience y est une durée avec un terme, jamais une réserve intérieure.
La patience est-elle un don ou un effort ?
La question se pose mal tant qu'on la traite comme une substance à posséder. Le laboureur de Jacques 5.7 ne se demande pas s'il est quelqu'un de patient : il sait ce qu'il attend et à peu près quand cela vient, et il ne creuse pas le sol pour vérifier. Ce qui se demande dans la prière n'est donc pas un tempérament, c'est d'être tenu pendant un intervalle nommé.
Comment prier quand on ne voit pas la fin ?
En demandant la journée plutôt que la patience. Jacques 5.11 dit de Job : « vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda » (Segond 1910). Le verbe est au passé, et Job ne l'a pas vue pendant. Romains 8.25 le dit autrement : l'espérance porte par définition sur ce qu'on ne voit pas. Ne pas voir le terme n'est donc pas un défaut d'attente, c'est sa condition ordinaire.