Prière contre la colère : ce qu'on demande quand ça monte

La Bible n'interdit pas la colère : elle lui donne un délai et une échéance. Ce que dit Éphésiens 4.26, une prière pour l'instant où ça monte.

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Il y a une prière qui se cherche en quelques secondes. Quelqu’un vient de dire une phrase, ou de ne pas répondre, ou de refaire exactement ce qu’il avait promis de ne plus faire. Ça monte dans la poitrine, la mâchoire se serre, et une réponse est déjà prête, très bien tournée, qui va coûter cher. C’est là qu’on cherche une prière contre la colère, et ce n’est pas du tout la même recherche que celle d’une prière contre la rancune. La rancune a des mois. Celle-ci a une minute.

Ce que la Bible ne demande pas

Le verset qu’on cite sur ce sujet est bien plus étrange qu’il n’y paraît.

Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère, et ne donnez pas accès au diable.

Éphésiens 4.26-27 (Segond 1910)

Lis la première proposition. Elle ne dit pas « ne vous mettez pas en colère ». Elle suppose que ça arrivera, et elle enchaîne deux consignes qui portent non sur le sentiment mais sur ce qu’on en fait : ne pas la laisser devenir une faute, et ne pas la laisser dormir. Le coucher du soleil est une échéance, pas une interdiction. C’est même l’inverse d’une interdiction : on ne fixe pas de délai à une chose qu’on prétend supprimer.

Et ailleurs, l’évangile de Marc montre Jésus dans une synagogue, devant des gens qui attendent de le prendre en défaut, « promenant ses regards sur eux avec indignation » (Marc 3.5). Le mot est dans le texte, il ne s’excuse pas, et le geste qui suit est une guérison. La colère, ici, ne fait pas dérailler la scène.

Une affaire de vitesse, pas d’interrupteur

Deux autres textes disent la même chose et la disent en termes de rythme.

[…] que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère ; car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu.

Jacques 1.19-20 (Segond 1910)

« Lent à se mettre en colère » : on ne demande pas de ne pas s’y mettre, on demande d’y mettre du temps. Les Proverbes tiennent exactement le même compte, et ils en font une question d’intelligence plutôt que de vertu : « Celui qui est lent à la colère a une grande intelligence, mais celui qui est prompt à s’emporter proclame sa folie » (Proverbes 14.29).

Puis vient la phrase qui remet tout en place, et il ne faut pas la sauter : « la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu ». Voilà la limite exacte. La colère peut signaler juste, quelque chose a bien été abîmé, et conclure faux, presque toujours sur le montant de la facture et sur son destinataire. Elle a le droit d’être là. Elle n’a pas le droit de rendre le jugement.

D’où une conséquence très pratique pour la prière : ne demande pas ce que tu ne peux pas recevoir. « Rends-moi calme » ne s’obtient pas sur commande, et l’échec de cette demande finit par se retourner en culpabilité. Le délai, lui, s’obtient.

Une prière pour l’instant où ça monte

Voici une prière écrite pour cette page. Elle est courte parce que le moment est court.

Seigneur, ça monte, et je le sens avant de comprendre pourquoi. Je ne Te demande pas de faire comme si je n’avais rien senti ; je Te demande le temps de ne pas répondre tout de suite. Tiens ce temps ouvert avec moi, et écoute d’abord ce que je n’ai encore dit à personne, en entier, sans que j’aie à le rendre présentable. Puis, quand je parlerai, donne-moi une voix qui ne casse rien.

Elle ne nie rien et elle ne promet rien. Elle fait une seule chose : elle glisse quelqu’un entre l’événement et la réponse. C’est peu, et c’est tout ce qui manquait.

Le délai, puis la parole

Reste à savoir ce qu’on fait de ces secondes gagnées. Le psaume 4 donne l’ordre des opérations, et il est contre-intuitif.

Tremblez, et ne péchez point ; Parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous.

Psaume 4.5 (Segond 1910)

Remarque d’abord que « ne péchez point » est mot pour mot ce que Paul écrira aux Éphésiens : le psaume et l’épître se tiennent la main sur ce point. Et remarque surtout l’ordre. Le silence n’arrive pas en premier. Il arrive après avoir parlé. On dit la chose entière, en soi, à Dieu, dans les termes injustes et exagérés qui sont ceux du moment, et on n’a pas à la rendre présentable pour la dire : elle est déjà connue. Le silence vient ensuite, et il n’est plus le même silence, parce qu’il ne contient plus rien qui gonfle.

Alors, pour aujourd’hui, un geste en trois temps. Quand ça monte, ne réponds pas dans la première phrase : va boire un verre d’eau, sors de la pièce, mets deux minutes entre les deux. Pendant ces deux minutes, dis tout, en pensée, sans filtre, à Dieu plutôt qu’à la personne. Puis choisis une seule chose à dire à voix haute, la plus courte, et laisse tomber le reste, qui était surtout là pour gagner. « Une réponse douce calme la fureur, mais une parole dure excite la colère » (Proverbes 15.1) : ce n’est pas un conseil de gentillesse, c’est une observation sur ce qui arrive ensuite.

Et l’échéance tient toujours. Avant que le soleil se couche, deux issues seulement : ou tu le dis, calmement et à la bonne personne, ou tu le déposes. Ce qui reste au matin a changé de nature ; ce n’est plus de la colère, c’est du ressentiment, et ce n’est plus la même prière. Celle-là est une prière de pardon, et si la personne concernée t’a réellement fait du mal, prier pour elle est un chemin plus lent, qui ne se règle pas dans la minute. Quand ce qui monte n’a pas de nom précis et ne vise personne, c’est plutôt du côté de la paix intérieure qu’il faut chercher.

Un mot avant de fermer cette page, parce que le mot « colère » ne couvre pas toujours la même chose. Ce délai vaut pour une colère dont tu es la source, entre gens qui se parlent d’égal à égal. Il ne vaut rien, et il serait même dangereux, s’il s’agit de la colère de quelqu’un d’autre et que tu as peur chez toi : là, il ne s’agit pas de patience. En France, le 3919 est gratuit, anonyme, ouvert 24 h sur 24, et il répond aussi aux proches qui s’inquiètent ; ce n’est pas un numéro d’urgence, et en danger immédiat, c’est le 17 ou le 112. Cela vaut aussi si c’est ta propre colère qui commence à faire peur autour de toi : le même numéro écoute avant qu’il y ait quelque chose à réparer.

Questions fréquentes

Que dit la Bible sur la colère ?

Moins ce qu'on croit. Paul écrit : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Éphésiens 4.26, Segond 1910). Il donne deux consignes, et aucune des deux n'est « ne te mets pas en colère » : ne pas laisser la colère devenir une faute, et ne pas la laisser dormir. Jacques, de son côté, parle de vitesse : « lent à se mettre en colère » (Jacques 1.19), ce qui suppose qu'on s'y met.

Est-ce un péché de se mettre en colère ?

La colère elle-même n'est pas présentée comme une faute : l'évangile de Marc montre Jésus « promenant ses regards sur eux avec indignation » (Marc 3.5). Ce que la Bible refuse, c'est de lui confier le jugement : « la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu » (Jacques 1.20). La colère peut signaler juste et conclure faux. Elle a le droit d'être là ; elle n'a pas le droit de décider.

Quelle prière dire quand la colère monte ?

La plus courte possible, parce qu'il n'y a que quelques secondes. Non pas « rends-moi calme », qui ne marche jamais sur commande, mais « donne-moi le temps de ne pas répondre tout de suite ». Tu ne demandes pas un sentiment, tu demandes un délai, et c'est une demande que tu peux réellement voir exaucée avant la fin de la minute.

Comment ne pas répondre sous le coup de la colère ?

En disant la chose entière, mais ailleurs d'abord. Le psaume 4 donne l'ordre des opérations : « Parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous » (Psaume 4.5). On dit tout, à Dieu, sans le rendre présentable, et le silence vient après avoir parlé, pas à la place. Ce qui sortira ensuite à voix haute sera plus court et moins cher : « une réponse douce calme la fureur » (Proverbes 15.1).