Prière pour un défunt : ce qui reste à faire pour lui

Une prière pour un défunt ne s'adresse pas au défunt, mais à Dieu à son sujet. Une prière à dire, et ce que l'Église en attend vraiment.

Publié le

Il y a un moment, après un décès, où tout ce qui pouvait être fait a été fait. Les démarches sont closes, les fleurs ont fané, les gens ont repris leur travail. Et il reste quelqu’un, toi, avec un amour qui n’a plus d’emploi.

C’est là que la question monte, souvent avec un peu de gêne : est-ce que je peux encore faire quelque chose pour lui. Prier pour un défunt est la réponse que la tradition chrétienne donne depuis les premiers siècles, et ce n’est pas une consolation de politesse. C’est le seul geste d’amour qui reste ouvert quand tous les autres se sont fermés.

Prier pour un défunt, ce n’est pas lui parler

Posons d’abord ceci, parce que cela lève beaucoup de malaise. Une prière pour un défunt ne s’adresse pas au défunt. Elle s’adresse à Dieu, à son sujet. Tu ne lui envoies pas un message, tu ne cherches pas à l’atteindre : tu le confies.

La différence n’est pas un détail théologique, elle change ce que tu as à faire. Parler à quelqu’un qui n’entend pas est une épreuve, et l’on en sort plus seul qu’avant. Confier quelqu’un à Dieu est un acte qui aboutit, même quand tu n’en vois rien. Dans le premier cas, tout repose sur toi. Dans le second, tu poses.

Si tu lui parles quand même, à voix haute dans la voiture ou devant une photo, cela n’a rien de mal, et à peu près tout le monde le fait. Simplement, ce n’est pas encore de la prière. C’est le deuil qui travaille, et il a le droit.

Une prière pour un défunt

Voici une prière écrite pour cette page. Remplace le pronom par son prénom : ce seul mot fera plus que tout le reste.

Seigneur, je ne peux plus rien pour lui. Ce que j’aurais voulu dire, je ne le dirai pas ; ce que j’aurais voulu réparer reste en l’état.

Je Te le confie tel qu’il était, avec ce que je sais de sa vie et tout ce que je n’ai pas su.

Prends le soin que je ne peux plus prendre. Accueille-le, lave ce qui doit l’être, et garde-moi de croire que l’amour s’arrête où la parole s’arrête.

Je ne Te demande rien d’autre.

Remarque ce que cette prière ne fait pas. Elle ne plaide pas. Elle ne dresse pas le bilan de la personne, elle ne se porte pas garante de son compte. C’est un soulagement considérable, et c’est exactement ce que la foi permet : tu n’as pas à instruire le dossier, seulement à tendre quelqu’un que tu aimes.

Pourquoi prier pour quelqu’un qui n’est plus là

La question est honnête et elle mérite mieux qu’une phrase pieuse. Si tout est joué, à quoi bon. Si rien n’est joué, de quoi je me mêle.

La réponse chrétienne tient dans une intuition très ancienne : la mort ne fait pas sortir quelqu’un de la main de Dieu, donc elle ne le fait pas sortir du champ de la charité. Paul le dit d’une formule qui englobe les deux rives.

Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur.

— Romains 14.8 (Segond 1910)

Nous sommes au Seigneur. La phrase ne distingue pas deux catégories de personnes, les vivantes et les autres : elle décrit une appartenance qui traverse l’événement. Prier pour un défunt suppose seulement cela, qu’il soit encore quelque part quelqu’un.

C’est sur cette conviction que l’Église a bâti sa pratique : les messes célébrées pour les défunts, la commémoration du 2 novembre, la prière des obsèques qui demande l’accueil et la purification plutôt que le verdict. Le second livre des Maccabées, au chapitre 12, raconte un sacrifice offert pour des soldats morts, et la tradition catholique s’y est souvent adossée ; ce livre ne figure pas dans toutes les bibles, et l’on peut en rester à l’essentiel sans lui, car le geste est plus vieux que sa justification.

Prier sans savoir quoi demander

Le plus dur n’est pas de croire que cela sert. C’est de trouver quoi demander quand on n’a plus d’objet. Pour un malade, on demande la guérison ; pour un défunt, quoi.

Paul écrit une ligne qui, à mon sens, indique la direction.

Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance.

— 1 Thessaloniciens 4.13 (Segond 1910)

Lis-le bien. Il ne dit pas de ne pas s’affliger. Il distingue deux afflictions, et c’est d’une justesse rare : le chagrin reste entier, c’est son horizon qui change. Voilà ce que tu peux demander, les jours où tu ne sais rien demander d’autre. Non pas de moins souffrir, mais de souffrir tourné vers quelque chose.

Pour le reste, la formule la plus ancienne est aussi la plus sûre, et elle demande deux choses seulement : le repos et la lumière. Tu n’as pas besoin d’en inventer une meilleure.

Ce qui tient dans la durée

Une prière pour un défunt n’a pas à être un événement. Elle survit mieux en petite forme, répétée.

Dis son prénom. À voix haute si tu le peux, une fois par jour, dans la prière. Nommer est déjà presque tout : c’est ce qui empêche le nom de devenir un sujet, une case, un souvenir qu’on manipule de loin.

Garde une date. L’anniversaire du décès, ou le jour du mois qui lui correspond. Le deuil n’a pas besoin d’être quotidien pour être fidèle, et une date tenue vaut mieux qu’un remords diffus.

Prends un psaume quand les mots manquent. Le Psaume 130, le fameux « du fond de l’abîme », est depuis des siècles la prière des vivants pour leurs morts. Il crie, puis il attend, et il n’exige rien : c’est très exactement ce qu’on sait faire au début.

Et le jour où tu t’aperçois que tu pries surtout pour toi, ne t’en veux pas. Tu portes deux choses à la fois, lui et son absence. Il est seulement plus clair de les confier séparément, l’une après l’autre, plutôt que de les mêler dans une prière qui ne demande plus rien.

Ce que la prière pour un défunt ne fera pas, il faut le dire aussi : elle ne le ramène pas, elle ne répare pas ce qui est resté en suspens entre vous, elle n’abrège pas la traversée. Ce qu’elle fait est plus discret. Elle tient ouverte une relation que la mort a voulu clore, et elle la tient ouverte du bon côté : non pas vers un souvenir que tu entretiens seul, mais vers Quelqu’un qui le garde pendant que tu dors.

Questions fréquentes

Peut-on prier pour un défunt ?

Oui, et l'Église le fait depuis les premiers siècles. Prier pour un défunt, c'est demander à Dieu de l'accueillir et de le purifier de ce qui reste. Ce n'est pas une manière de le joindre, c'est une manière de le remettre à plus grand que soi.

Que dire dans une prière pour un défunt ?

Son prénom suffit à commencer. Ensuite, ce que tu confies : ce que tu sais de sa vie, ce que tu n'as pas pu lui dire, ce qui est resté en désordre entre vous. Tu n'as pas à plaider sa cause ni à résumer qui il était : Dieu le connaît mieux que toi.

Faut-il prier pour le défunt ou pour ceux qui restent ?

Les deux, et rarement en même temps. Une prière qui mélange les deux finit par ne plus rien demander. Nomme d'abord le défunt et confie-le ; puis, séparément, nomme ceux qui portent son absence, toi compris.

Combien de temps prie-t-on pour un défunt ?

Aucune durée n'est prescrite. La tradition a ses repères (les obsèques, le mois suivant, l'anniversaire du décès) mais rien n'interdit de porter un nom des années. Ce qui change avec le temps, ce n'est pas la fidélité, c'est le poids.