Psaume 130 verset par verset : sortir du fond par le pardon
Lire le psaume 130 verset par verset : le De profundis, les gardes qui attendent le matin, et le verset 4 où le pardon est donné comme motif de crainte.
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On connaît le psaume 130 par sa première ligne, et souvent par ses deux premiers mots latins : De profundis. Huit versets, une remontée, et une image de fin que tout le monde retient, celle des veilleurs qui attendent le jour.
Ce qui surprend quand on le lit en entier, c’est l’endroit du basculement. Le psaume ne remonte pas parce que la situation change. Il remonte au quatrième verset, sur une phrase qui dit l’inverse de ce qu’on attend.
Le fond, et une demande d’audience
Cantique des degrés. Du fond de l’abîme je t’invoque, ô Éternel.
Seigneur, écoute ma voix. Que tes oreilles soient attentives À la voix de mes supplications.
Psaume 130.1-2 (Segond 1910)
La première ligne est une étiquette : « cantique des degrés », l’un de ces chants que les pèlerins disaient en montant vers Jérusalem, comme le psaume 121. Un psaume qui monte, et qui commence tout en bas.
Remarque ce que le texte ne fait pas. Il ne décrit pas le fond. Pas un mot sur ce qui s’est passé, pas une circonstance, pas un coupable. Le psaume dit d’où il parle et rien de plus, ce qui est exactement ce qui le rend disable par n’importe qui, un soir, sans avoir à raconter l’affaire.
La question qui ne demande pas de réponse
Si tu gardais le souvenir des iniquités, Éternel, Seigneur, qui pourrait subsister ?
Psaume 130.3 (Segond 1910)
Le verset 3 donne enfin une indication sur le fond, et ce n’est pas celle qu’on attendait. Le psalmiste n’est pas au fond parce qu’on lui a fait du tort : il y est parce qu’il a fait quelque chose. Le mot est lâché, iniquités, et il ne sera plus repris avant la toute dernière ligne.
La question paraît rhétorique. La réponse évidente est « personne », et beaucoup de lectures s’arrêtent là, en tirent un constat d’accablement et passent à la suite. Mais le psaume, lui, ne s’arrête pas là. Il répond, au verset suivant, et sa réponse n’est pas « personne ».
Le verset qui retourne tout
Mais le pardon se trouve auprès de toi, Afin qu’on te craigne.
Psaume 130.4 (Segond 1910)
Relis la seconde moitié. On attendait quelque chose comme « afin qu’on t’aime », ou « afin qu’on ose approcher », ou « afin que la peur s’en aille ». Le psaume écrit le contraire : le pardon est là pour qu’on craigne.
Ce n’est pas une menace déguisée, et la crainte dont il s’agit n’est pas la terreur du châtiment, puisque le châtiment vient précisément d’être levé. C’est plus simple et plus dérangeant que ça. Un Dieu qui tiendrait seulement les comptes serait un comptable : on pourrait calculer sa position, négocier, étaler la dette, éviter le guichet. Rien là-dedans n’inspire de respect, seulement de la prudence. Ce qui rend quelqu’un redoutable, c’est de pouvoir effacer ce qu’on ne pourra jamais rembourser, et de ne rien nous devoir en le faisant. On ne calcule pas avec ce qui est donné.
Note aussi le lieu. Le pardon « se trouve auprès de toi » : ce n’est pas présenté comme un trait de caractère, une indulgence générale, une disposition qui flotterait dans l’air. C’est quelque chose qui est quelque part, et ce quelque part n’est pas chez moi. Voilà pourquoi le psaume, à partir d’ici, n’a plus besoin de demander quoi que ce soit. Il n’a plus qu’à aller là où c’est.
L’attente prend une mesure
J’espère en l’Éternel, mon âme espère, Et j’attends sa promesse.
Mon âme compte sur le Seigneur, Plus que les gardes ne comptent sur le matin, Que les gardes ne comptent sur le matin.
Psaume 130.5-6 (Segond 1910)
C’est ici que le psaume cesse de demander. Les versets 1 et 2 réclamaient une audience ; à partir du verset 5, plus aucune requête, et entre les deux il ne s’est rien passé d’autre que le verset 4.
La comparaison des gardes est plus précise qu’elle n’en a l’air. Elle ne parle pas de la longueur de l’attente mais de sa nature : un veilleur ne se demande pas si le matin viendra. Il ne l’avance pas non plus d’une minute. Il attend une chose certaine sans avoir aucune prise sur elle, et le psaume redit la ligne une seconde fois, un peu plus courte, comme on repasse devant la même fenêtre.
Le dernier mot est au pluriel
Israël, mets ton espoir en l’Éternel. Car la miséricorde est auprès de l’Éternel, Et la rédemption est auprès de lui en abondance.
C’est lui qui rachètera Israël De toutes ses iniquités.
Psaume 130.7-8 (Segond 1910)
Le « je » du premier verset a disparu. Le psalmiste s’adresse maintenant à tout un peuple et lui dit de faire ce qu’il vient de faire lui-même. Ce qu’il a trouvé au fond, il ne le garde pas.
Deux détails ferment le texte proprement. La formule « auprès de » revient deux fois de suite, comme au verset 4 : c’est le même endroit, on n’a pas changé d’adresse. Et le tout dernier mot du psaume est celui du verset 3, iniquités. Le psaume se termine exactement sur ce qui l’avait fait tomber, mais de l’autre côté.
Prier le psaume 130 aujourd’hui
Prends-le dans l’ordre, et ne commence pas au verset 5. L’attente des gardes n’est belle que parce qu’elle vient après le verset 4 ; détachée, elle n’est qu’une patience de plus à se procurer.
Commence donc par le fond, sans l’expliquer. Le psaume ne raconte rien et il n’attend pas que tu racontes. Une ligne suffit : voilà d’où je parle.
Puis fais un essai avec le verset 3, en changeant le sujet. Non pas « si tu gardais le souvenir des iniquités », mais : si moi je gardais le souvenir, qui pourrait subsister ? C’est la question réelle la plupart du temps, et elle se répond toute seule quand on la pose dans ce sens-là. Elle donne aussi une idée assez nette de qui il faudrait commencer par pardonner.
Garde le verset 4 pour la fin et dis-le seul, à voix basse, sans rien ajouter derrière. C’est une phrase courte et elle tient debout toute seule. Si tu veux des mots qui la prolongent, ils existent depuis longtemps : c’est ce que dit, autrement, l’acte de contrition.
Et si rien ne se dénoue ce soir, le psaume le prévoit. Il finit sur des gens qui ne dorment pas et qui attendent quelque chose dont ils ne doutent pas. C’est déjà ce que fait la prière dans l’épreuve : tenir jusqu’au matin sans prétendre qu’il est arrivé.
Questions fréquentes
Que dit le psaume 130 ?
Huit versets, et une remontée. Quelqu'un appelle du fond (v.1-2), constate que personne ne tiendrait debout si Dieu tenait les comptes (v.3), nomme le pardon comme ce qui se trouve auprès de Dieu (v.4), attend en se comparant aux gardes de nuit (v.5-6), puis se tourne vers tout un peuple pour lui dire d'espérer (v.7-8). Le fond n'est jamais décrit : le psaume ne dit pas ce qui s'est passé.
Pourquoi le psaume 130 s'appelle-t-il De profundis ?
Parce que ce sont les deux premiers mots de sa traduction latine, celle qui a longtemps servi dans la liturgie. Segond 1910 rend la ligne par « Du fond de l'abîme je t'invoque, ô Éternel » (Psaume 130.1). Le psaume est aussi un « cantique des degrés », l'un de ceux que les pèlerins chantaient en montant vers Jérusalem, comme le psaume 121.
Que veut dire « le pardon se trouve auprès de toi, afin qu'on te craigne » ?
Que le pardon n'est pas ce qui rend Dieu inoffensif, mais ce qui le rend redoutable. Le verset (Psaume 130.4, Segond 1910) donne au pardon une finalité, et cette finalité est la crainte. Un Dieu qui tiendrait seulement des comptes se calculerait ; un Dieu qui remet ce qu'on ne peut pas rembourser ne se calcule plus. On ne négocie pas avec ce qui est donné.
Quand prier le psaume 130 ?
Il n'a pas d'heure assignée, mais son image de fin est la nuit qui attend le matin, ce qui le rend juste au coucher ou dans les heures où l'on ne dort pas. Il sert aussi de prière pour les défunts dans la tradition latine, sous son nom de De profundis. Rien dans le texte n'oblige à ces usages : il se dit à voix basse n'importe quand.