Psaume 91 verset par verset : à l'ombre du Tout-Puissant
Lire le psaume 91 verset par verset : l'abri, les plumes, les anges, et la promesse du dernier verset qui n'est pas celle qu'on croit.
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Le psaume 91 est un texte que l’on cite plus qu’on ne le lit. On en retient une phrase, souvent la même — l’abri du Très-Haut, ou les anges qui portent sur les mains — et on la range du côté des promesses de sécurité. C’est un malentendu qui coûte cher, parce qu’il expose le psaume au premier démenti venu : il suffit qu’un malheur arrive pour que le texte paraisse avoir menti.
Lu en entier, il dit tout autre chose. Et la clé n’est pas dans une image, elle est dans une bizarrerie de construction que l’on remarque rarement : ce psaume est parlé par trois voix différentes.
Première voix : quelqu’un se déclare
Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut Repose à l’ombre du Tout-Puissant. Je dis à l’Éternel: Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie!
— Psaume 91.1-2 (Segond 1910)
Le poème s’ouvre sur une constatation générale, puis bascule aussitôt au « je ». Quelqu’un prend position à voix haute : voilà ce que je dis, et je le dis à Lui.
Remarque le vocabulaire, qui n’est pas celui du confort. Refuge, forteresse : ce sont des mots de guerre et de fuite, le lexique de quelqu’un qui a besoin d’un endroit où entrer parce que dehors n’est pas tenable. Le psaume ne commence pas dans la paix. Il commence par une porte que l’on pousse.
Deuxième voix : quelqu’un lui répond
À partir du verset 3, le poème change de bouche. Ce n’est plus le priant qui parle, c’est une voix qui s’adresse à lui — « il te délivre », « tu ne craindras ». Le psaume met en scène ce qui arrive quand on a dit sa confiance à haute voix : quelqu’un la reprend et la lui renvoie.
Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras un refuge sous ses ailes; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse.
— Psaume 91.4 (Segond 1910)
Deux images tiennent dans le même verset, et elles ne vont pas ensemble. Les plumes et les ailes viennent de la basse-cour : c’est la poule qui couvre ses petits, un geste sans force, presque dérisoire. Le bouclier et la cuirasse viennent du champ de bataille. Le psaume refuse de choisir. Être gardé par Dieu, c’est à la fois être blindé et être couvé — et le second, curieusement, est le plus difficile à accepter.
Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, Ni la flèche qui vole de jour, Ni la peste qui marche dans les ténèbres, Ni la contagion qui frappe en plein midi.
— Psaume 91.5-6 (Segond 1910)
Quatre dangers, et ils sont rangés par heures : la nuit, le jour, les ténèbres, midi. Le psalmiste ne fait pas la liste des malheurs possibles, il fait le tour du cadran. Ce qu’il dit n’est pas « voilà ce qui ne t’arrivera pas », mais « il n’existe aucune heure où tu sois seul ».
Le verset qui coince
Aucun malheur ne t’arrivera, Aucun fléau n’approchera de ta tente.
— Psaume 91.10 (Segond 1910)
Voilà la phrase sur laquelle beaucoup de gens se cassent, et il serait malhonnête de la contourner. Prise comme un contrat, elle est démentie tous les jours. Des croyants tombent malades. Des justes meurent tôt. Ce psaume a été prié dans des vies où le fléau est entré, et il l’a été par des gens qui n’étaient ni naïfs ni tièdes.
Deux choses aident à le lire droit. La première est que le psaume 91 n’est pas une police d’assurance mais un chant de confiance : il dit comment le monde est vu depuis l’abri, pas ce que l’abri garantit. On n’attend pas d’un homme qui chante « je ne crains rien » qu’il ait signé un document.
La seconde, plus décisive, est qu’il ne faut pas s’arrêter là. Le psaume n’a pas fini de parler, et sa dernière voix va corriger celle-ci.
Troisième voix : Dieu prend la parole
Puisqu’il m’aime, je le délivrerai; Je le protégerai, puisqu’il connaît mon nom. Il m’invoquera, et je lui répondrai; Je serai avec lui dans la détresse, Je le délivrerai et je le glorifierai.
— Psaume 91.14-15 (Segond 1910)
Les trois derniers versets sont dits par Dieu lui-même, à la première personne. C’est rare, et ici c’est tout le sujet : le psaume se termine par la partie adverse qui contresigne.
Et lis ce qu’elle promet exactement. Pas « il n’y aura pas de détresse ». Dans la détresse. Le dernier mot du psaume sur la souffrance n’est pas une exemption, c’est une préposition — et c’est la même que celle du psaume 23, qui ne fait pas l’économie de la vallée mais promet une présence à l’intérieur. Le psaume 91 n’a jamais dit autre chose ; on l’avait seulement arrêté trop tôt.
Les anges, et l’usage qu’on peut en faire
Car il ordonnera à ses anges De te garder dans toutes tes voies; Ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.
— Psaume 91.11-12 (Segond 1910)
Ces deux versets ont une histoire singulière : ce sont les seuls mots de l’Écriture que le tentateur cite, dans le récit de la tentation au désert. Il place Jésus sur le haut du temple et lui propose de sauter, « car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; Et ils te porteront sur les mains » (Matthieu 4.6, Segond 1910). La réponse tient en une phrase : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu » (Matthieu 4.7).
L’épisode dit quelque chose de très pratique sur la manière de prier ce psaume. La promesse de garde est vraie ; elle cesse de fonctionner à la seconde où l’on décide de la vérifier. Une protection dont on organise la preuve n’est plus une confiance, c’est une expérience — et le psaume n’a rien à offrir à qui saute pour voir.
Prier le psaume 91
Seize versets, c’est trop pour une fois. Prends une ligne, celle qui correspond à ce que tu portes aujourd’hui.
Les terreurs de la nuit, si c’est le soir qui est dur. Les plumes, si tu as besoin d’être couvert plutôt que défendu. Les anges, si celui qui part sur la route n’est pas toi mais quelqu’un que tu ne peux pas suivre — c’est le mouvement même de la prière de protection, qui remet à un autre ce qu’on ne peut pas garder soi-même. Et si tu ne sais pas par où entrer, prends le verset 15, qui est le seul où Dieu parle : celui-là ne te promet rien que tu risques de voir démenti demain.
Le psaume 121 disait que le gardien ne dort pas. Le psaume 91 dit où l’on peut se mettre en attendant le matin.
Questions fréquentes
Que signifie le psaume 91 ?
Le psaume 91 est le grand poème de l'abri. Il décrit quelqu'un qui a fait du Très-Haut sa demeure, et énumère ce dont il n'a plus à avoir peur : la nuit, la maladie, l'embuscade. Mais il ne se termine pas sur une garantie de sécurité — il se termine par Dieu qui prend la parole et promet sa présence dans la détresse, pas l'absence de détresse.
Le psaume 91 promet-il qu'il ne nous arrivera rien ?
C'est la lecture la plus courante et la plus fragile. « Aucun malheur ne t'arrivera » (v.10) ne peut pas être une clause d'immunité : des croyants tombent malades, des justes meurent tôt, et le psaume lui-même a été prié dans des vies où le malheur est venu. Lu jusqu'au bout, il dit autre chose : « Je serai avec lui dans la détresse » (v.15). Ce n'est pas l'épreuve qui est retirée, c'est la solitude à l'intérieur.
Pourquoi le diable cite-t-il le psaume 91 à Jésus ?
Dans le récit de la tentation, c'est le seul passage de l'Écriture que le tentateur cite : « Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; Et ils te porteront sur les mains » (Matthieu 4.6, Segond 1910), qui reprend Psaume 91.11-12. La proposition est de vérifier la promesse en se jetant du haut du temple. Jésus refuse — non parce que le verset est faux, mais parce qu'une promesse de garde n'est pas un dispositif à tester.
Comment prier le psaume 91 ?
Par petits morceaux, et en nommant les choses. Prends la ligne des « terreurs de la nuit » si c'est le soir qui est dur, celle des plumes si tu as besoin d'être couvert plutôt que défendu, celle des anges si c'est quelqu'un d'autre que toi qui part sur la route. Seize versets, c'est trop pour une fois : un seul, gardé une journée, suffit.