Le carnet · 24 septembre 2026

Ce qui reste au matin

Il y a une phrase de Paul que je connais depuis toujours et que je n’avais jamais essayée.

Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère.

Éphésiens 4.26 (Segond 1910)

Je l’avais rangée dans les consignes irréalisables, celles qui semblent écrites pour des gens qui vivent seuls et se couchent apaisés. Il y a quinze jours, j’ai décidé de la tenir sept soirs de suite, pour voir.

Premier constat, tout de suite : je n’ai presque rien pu régler. Les soirs où j’étais en colère, la personne concernée n’était pas joignable, ou dormait, ou ignorait complètement qu’il y avait quelque chose à régler. Deux fois sur sept, la colère ne visait personne en particulier. Une fois, c’était moi.

Dès le deuxième soir, j’ai donc relu la phrase de plus près. Elle ne dit pas de se réconcilier avant la nuit. Elle ne dit rien de l’autre. Le possessif est entièrement de mon côté : votre colère. L’échéance porte sur ce que je tiens, pas sur ce que nous réparons. C’est beaucoup plus étroit que je croyais, et beaucoup moins confortable, parce que ça m’enlève l’excuse que j’avais toute prête, celle qu’il faut être deux.

Ce qui me restait, alors, c’était la seule moitié qui m’appartenait : arrêter de refaire la scène. Pas pardonner, pas relativiser, pas décider que ce n’était pas grave. Arrêter de préparer la suite. Poser la colère telle quelle, avec ce qu’elle a de juste et ce qu’elle a d’exagéré, sans l’avoir d’abord mise au propre.

Je ne dirai pas que j’ai bien dormi. Deux soirs, ça n’a rien changé du tout.

Ce qui m’a surprise, c’est le matin. Quand je m’endors sur une colère argumentée, je me réveille avec l’argumentaire. Il est là, intact, prêt à resservir, et la journée commence par une plaidoirie devant un tribunal qui ne siège pas. Les soirs où j’avais posé la chose sans l’instruire, je retrouvais au réveil la colère toute nue. Souvent plus petite. Une fois, franchement ridicule. Une fois, pas ridicule du tout, et c’est le seul matin où j’ai su quoi faire dans la journée.

Je ne sais pas si c’est ce que Paul voulait dire. Je constate seulement que ce n’est pas la colère qui grossit pendant la nuit, c’est ce qu’on bâtit autour.

Le septième soir, je n’ai pas eu besoin de la consigne. Le huitième, si, et je ne l’ai pas tenue.

Dans Manne, une prière par jour, à l’heure où tu la prends.