Le carnet · 3 août 2026
La boîte que je rafraîchis
J’attends une réponse. Peu importe laquelle — ce qui compte, c’est que je l’attends depuis onze jours, et que je le sais au jour près.
Le geste est devenu automatique. Je tire l’écran vers le bas, la petite roue tourne, rien ne change. Trois secondes plus tard, je recommence. Je l’ai fait pendant une conversation, hier, sans m’en apercevoir. Quelqu’un me parlait et ma main vérifiait.
Ce que je remarque, c’est que ce geste-là a exactement la forme d’une prière, et pas du tout la même substance. Il y a une demande, il y a une attente, il y a un regard tourné vers un ailleurs d’où la réponse doit venir. Mais il n’y a personne au bout. Je ne remets rien à quelqu’un : je surveille. Et la différence entre remettre et surveiller, c’est que la première libère les mains et la seconde les occupe.
J’ai essayé de prier pour cette réponse. Ça a mal marché. Ma prière prenait la même forme que mon geste : relance polie, argumentaire, rappel des faits. Je ne priais pas, je faisais le suivi de mon dossier auprès d’une administration plus élevée. Et quand j’ai fini par m’en rendre compte, j’ai eu honte, ce qui n’a rien arrangé — j’ai ajouté un sujet d’inquiétude au premier.
Ce qui m’a dénouée est venu d’un endroit inattendu : j’ai remarqué que je ne rafraîchissais jamais ma boîte le dimanche matin. Pas par vertu. Simplement parce que je sais que personne ne travaille, donc qu’il n’y a rien à voir. Et ces matins-là, l’attente ne me coûte rien. Elle est exactement aussi longue, la réponse n’est pas plus proche, et pourtant je respire.
Ce n’est donc pas l’attente qui pèse. C’est la possibilité permanente que ça arrive maintenant. Le poids ne vient pas de ce qui manque, il vient de ce que je pourrais vérifier une fois de plus.
Alors j’ai fait quelque chose de très petit et de très bête. J’ai décidé que je regarderais deux fois par jour, à des heures fixes. Le reste du temps, la question est fermée. Je ne prétends pas que ça me rende paisible : les premiers jours, j’ai regardé l’heure au lieu de regarder ma boîte, ce qui revient à peu près au même. Mais quelque chose a bougé dans ma prière. En cessant de relancer, j’ai retrouvé quelqu’un à qui parler.
Je ne sais toujours pas ce qu’on va me répondre. Je sais seulement que j’ai passé onze jours à ne pas vivre, et que ce n’était pas la faute de celui qui tarde.
Dans Manne, la prière du jour arrive sans que j’aie à la demander deux fois.