Le carnet · 31 août 2026

La cuirasse que je préfère

Il y a un verset du psaume 91 que je crois connaître depuis longtemps, et je me suis aperçue cette semaine que j’en avais gardé la moitié.

Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras un refuge sous ses ailes ; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse.

Psaume 91.4 (Segond 1910)

Quand ce verset me revient, ce sont toujours les trois derniers mots. Le bouclier, la cuirasse. Du métal, une distance, quelque chose entre le coup et moi. Je peux dire cette phrase-là dans le métro sans rien perdre de ma contenance.

Les plumes, non. Les plumes, je les enjambe. Je ne les avais même pas oubliées : je les avais rangées du côté des jolies images, celles qu’on met sur les faire-part.

Et pourtant c’est la même promesse, dans la même ligne, et l’ordre n’est pas celui que j’aurais choisi. Les plumes d’abord. La cuirasse est ajoutée après, comme si elle était la traduction militaire d’un geste qui n’a rien de militaire.

Ce que je vois, quand je m’y arrête, c’est que les deux protections ne demandent pas la même chose de moi. Derrière un bouclier, je reste debout, à ma taille, et je peux ne pas savoir qui le tient. Sous une aile, il faut être plus petit que celui qui couvre, et se laisser toucher. On ne se met pas à l’abri sous une aile à distance respectueuse.

Alors j’ai eu envie de m’arranger : dire que les deux images se valent, que chacun prend celle qui lui parle, que je suis simplement d’un tempérament plutôt cuirasse. Ça tiendrait, sauf que l’image des plumes n’est pas un ornement de poète. Elle est reprise par Jésus, et pas n’importe où.

[…] combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu.

Matthieu 23.37 (Segond 1910)

C’est la fin de la phrase qui me tient. Le refus est prévu. Il n’est pas présenté comme une méchanceté, plutôt comme une chose qui arrive, et qui arrive à des gens qui prient beaucoup.

Je ne vais pas conclure que je vais changer de moitié de verset. J’ai essayé ce soir, une fois, de dire la première partie et de m’arrêter avant la seconde, et je me suis entendue accélérer sur les plumes exactement comme on passe devant une porte ouverte sans regarder dedans.

Je note seulement ceci, qui me suffit pour aujourd’hui : je demande souvent d’être protégée, et je n’ai jamais demandé d’être couverte.

Dans Manne, demain, un verset que je n’aurai pas choisi.