Le carnet · 31 août 2026

Le soir où je n’ai rien voulu

Il y a cinq jours j’ai écrit ici qu’une fois, une seule, la louange était venue sans effort. Un soir où je n’avais plus la force de vouloir quoi que ce soit. J’avais mis ça en fin de texte, comme une note de bas de page, et je suis passée à autre chose.

Je n’ai pas arrêté d’y penser depuis. Alors j’ai fait la chose la plus bête possible : j’ai essayé de le refaire.

Cinq soirs. J’ai attendu d’être vraiment vidée, j’ai repoussé l’heure, j’ai laissé la journée finir de me passer dessus. Et à chaque fois, en m’asseyant, la même phrase quelque part au fond : voilà, maintenant ça va venir. Ce qui est exactement ce qui empêche que ça vienne. On ne peut pas vouloir ne rien vouloir. J’ai mis cinq soirs à comprendre une chose qui tient en une ligne.

Mais ce n’est pas ça qui me gêne le plus.

Ce qui me gêne, c’est qu’à force de retourner ce soir-là je ne suis plus sûre de ce qu’il était. Je l’ai raconté comme un soir de paix. En le regardant de près, il y avait surtout quelque chose d’éteint. Je ne voulais rien, c’est vrai, et je ne voulais pas non plus grand-chose de bon. Pas de demande, mais pas d’élan non plus. La phrase avait de la place parce que la maison était vide, pas parce qu’elle était rangée.

Et si c’est ça, alors j’ai pris de l’épuisement pour du recueillement, ce qui n’est pas très flatteur, et je l’ai écrit publiquement, ce qui l’est encore moins.

Reste la question dans l’autre sens, celle que je n’aime pas. Les soirs où je suis pleine de demandes, où la louange est une corvée que j’expédie pour arriver à ce qui m’intéresse, ces soirs-là sont peut-être les plus vivants des deux. Il s’y passe quelque chose. Ça tire, ça résiste, il y a quelqu’un dans la pièce qui veut des choses. Le soir vide, il n’y avait personne à contredire.

Je pourrais m’en sortir avec une phrase toute prête, du genre : Dieu prend ce qu’on a, le soir vide comme le soir plein. C’est sans doute vrai. Mais si je la dis maintenant, je n’aurai plus de question, et la question est ce que j’ai de mieux en ce moment.

Alors je ne conclus pas. J’arrête d’attendre le retour du soir vide, c’est déjà ça. Ce soir je serai fatiguée d’une fatigue ordinaire, avec trois ou quatre choses en tête qui ne me lâcheront pas, et je dirai quand même la phrase. Mal, sûrement, et avec quelqu’un dedans.

Dans Manne, demain, une prière que je n’aurai pas eu à mériter.