Le carnet · 15 septembre 2026

La date que j’ai donnée

Au printemps, j’ai donné une date à Dieu. Je ne l’ai dite à personne, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

C’était une demande précise, dans une affaire qui traînait depuis assez longtemps pour que je sache exactement quoi demander. Un soir, au lieu de redire la même chose, j’ai ajouté une ligne : d’ici là. Une date réelle, avec un mois et un chiffre. Je me souviens d’avoir trouvé ça très adulte.

Je crois que je pensais faire quelque chose de courageux. Mettre un terme, c’est s’exposer. Je me disais que je prenais un risque, que je mettais quelque chose en jeu, qu’au moins la demande ne resterait pas dans ce flou confortable où l’on peut attendre indéfiniment sans jamais constater que rien ne vient.

Le psaume 13 fait ça aussi, en plus franc que moi.

Jusques à quand, Éternel, m’oublieras-tu sans cesse ? Jusques à quand me cacheras-tu ta face ?

Psaume 13.2 (Segond 1910)

Sauf qu’il pose la question et moi j’ai donné la réponse. Il demande combien de temps. J’ai dit combien de temps.

La date est passée il y a quelques semaines. Rien n’avait bougé. Et ce que j’ai senti en m’en apercevant, le soir, n’était pas de la déception. C’était quelque chose de beaucoup plus embarrassant : du soulagement.

J’ai mis du temps à comprendre pourquoi. Tant que la date tenait, je devais y croire précisément. Il fallait attendre une chose nette, à un moment nommé, et tenir cette attente-là tous les jours, ce qui est fatigant et ne laisse aucune place pour arranger les choses après coup. Le lendemain du terme, j’étais libre de revenir à une espérance plus vague. Celle qui ne demande rien, qui ne se vérifie pas, qui ne peut pas échouer puisqu’elle ne dit jamais quand.

Donc la date ne m’engageait pas, elle me protégeait. Elle a servi de date limite à mon effort, pas à sa patience à lui.

Je ne sais pas quoi penser de ce soulagement. Il y a une lecture où c’est bon signe, où quelque chose en moi sait que la demande n’était pas à la hauteur, et lâche. Il y en a une autre où j’ai simplement trouvé le moyen de ne plus rien risquer. Je ne tranche pas.

Ce que je constate, c’est que je m’en suis donné une autre. Plus loin. Et je ne l’ai dite à personne non plus.

Dans Manne, une prière par jour, sans date au bas de la page.