Le carnet · 18 septembre 2026

La demande que je ne fais plus

J’ai rouvert un vieux carnet la semaine dernière, pour une raison qui n’avait rien à voir. Je cherchais une date. Je suis tombée sur une page où j’avais écrit quatre lignes, et la troisième demandait quelque chose que je ne demande plus.

Je n’ai pas eu de choc. J’ai eu pire : j’ai mis un moment à me rappeler de quoi il s’agissait.

Ce n’est pas que la situation se soit arrangée. Elle est exactement là où elle était. Ce n’est pas non plus que j’aie renoncé un jour, en le décidant, en me disant que cela suffisait. Je n’ai rien décidé du tout. La demande a simplement cessé de monter, comme une lumière qui s’éteint dans une pièce où l’on n’est pas.

Je croyais que le difficile, avec une prière qui dure, était de tenir. Je découvre que non. Le difficile, c’est que l’arrêt ne se sent pas. Il n’y a pas de dernière fois qu’on reconnaisse en la vivant. Il n’y a qu’une page relue deux ans après, par hasard, en cherchant autre chose.

Il y a une ligne de Luc que je croyais connaître. Avant la parabole de la veuve, Luc écrit que Jésus la raconte « pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher ». J’ai longtemps entendu là une consigne d’endurance, une chose à faire davantage, et j’ai eu raison de l’entendre ainsi sans que cela me serve beaucoup. Ce qui me retient aujourd’hui est ailleurs. La parabole ne se termine pas sur une promesse tranquille. Elle se termine sur une question : « Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Je n’ai pas de réponse, et je ne crois pas que la question attende la mienne. Elle me laisse avec exactement ce que j’ai trouvé dans mon carnet : une ligne qui s’est arrêtée sans que personne la retire.

Je n’ai pas remis la demande sur ma liste. Je ne sais pas si je la pense encore, et je n’ai pas envie de la redire par discipline, pour ne pas être celle qui a lâché. J’ai fait une seule chose, et elle est petite. J’ai recopié la ligne sur la page d’aujourd’hui, sans rien changer et sans rien ajouter, pour la retrouver demain matin et voir ce que j’en fais quand elle ne sera plus une surprise.

Dans Manne, une prière par jour, et la mémoire de ce qu’on a demandé plus longtemps qu’on ne s’en souvient.