Le carnet · 4 octobre 2026

Le dimanche à reculons

Ce soir, à table, quelqu’un m’a demandé ce que j’avais fait de ma journée. J’ai commencé à répondre, et je me suis entendue raconter mardi.

Pas exprès. La question portait sur aujourd’hui, et ma réponse est partie toute seule vers la réunion de mardi, la phrase que j’aurais dû dire, celle que j’ai trouvée jeudi en marchant, trop tard. Je me suis arrêtée au milieu. Il n’y avait rien de dimanche dans ce que je disais.

Alors j’ai refait la journée, en silence, pendant qu’on parlait d’autre chose. Le matin, j’avais décidé de ne pas penser à la semaine. J’ai bu mon café en relisant mentalement un message envoyé vendredi. L’après-midi, j’ai marché longtemps, et j’ai remis de l’ordre dans jeudi. Quelqu’un m’a appelée, et j’ai répondu de loin, depuis une conversation qui avait eu lieu trois jours plus tôt.

Même ma prière du matin regardait derrière. Je l’avais trouvée plutôt bonne : un merci pour la semaine, détaillé, honnête. Ce soir je la revois autrement. C’était un inventaire. Je remerciais pour ce qui était fini, et je n’ai pas eu un mot pour la journée qui commençait, parce qu’elle ne contenait encore rien à compter.

Ce n’est pas que le temps m’ait manqué. J’en ai eu, et beaucoup. C’est que je l’ai entièrement dépensé dans des jours qui n’en avaient plus besoin. La semaine dernière ne pouvait rien faire de mon dimanche. Je le lui ai donné quand même.

Je voudrais tirer de là une résolution, et je n’y arrive pas. Je soupçonne que l’inverse de regarder derrière n’est pas regarder devant. Si demain soir je me surprends à avoir passé la journée dans lundi, je n’aurai pas gagné grand-chose. Ce qui manquait aujourd’hui n’était ni hier ni demain. C’était la table, la lumière de l’après-midi, la voix au téléphone.

Quand je me suis arrêtée au milieu de ma phrase, personne n’a rien remarqué. On a continué à parler. Je suis restée à table un peu plus longtemps que d’habitude, sans rien raconter du tout. Je ne sais pas si cela compte comme une journée rattrapée, ou seulement comme une heure.

Dans Manne, une prière par jour, et elle ne parle que de celui-là.