Le carnet · 6 octobre 2026

Le pas de quelqu’un d’autre

Cet après-midi, j’ai raccompagné un enfant de l’école. Dix minutes de trajet, d’habitude. Il nous en a fallu trente-cinq.

Il s’arrêtait partout. Une flaque, un escargot sur un muret, une grille dont il fallait toucher chaque barreau. Je tenais sa main, et je me suis aperçue, à mi-chemin, que je n’avais pas cessé de tirer dessus. Pas fort. Juste assez pour qu’il sache que, moi, j’allais quelque part.

Je n’allais nulle part. Rien ne m’attendait à la maison qui ne puisse attendre vingt-cinq minutes de plus. Mais mon corps avait son allure, celle de toutes mes journées, et il ne supportait pas d’en changer. Chaque arrêt me coûtait quelque chose que je ne savais pas nommer. Ce n’était pas du temps. C’était la décision. Ce n’était plus moi qui décidais quand on repartait.

Vers la fin, j’ai lâché un peu. Je ne dirais pas que j’ai pris son pas. J’ai cessé de tirer, c’est tout, et j’ai regardé la grille avec lui. Il y avait vingt-deux barreaux. Il les a comptés à voix haute, et il s’est trompé deux fois.

Ce soir, en priant, je me suis entendue dire ce que je dis souvent : accompagne-moi. Et j’ai pensé à sa main dans la mienne. Quand je demande à Dieu de m’accompagner, je crois que je Lui demande de marcher à côté de moi, à mon allure, sur mon trajet, en tirant un peu sur Sa main quand Il s’attarde. Je n’ai jamais demandé l’inverse. Je ne sais même pas à quoi ressemblerait une prière où ce ne serait pas moi qui décide quand on repart.

Je ne vais pas prétendre que demain je saurai. Demain je serai pressée, probablement, et pour de bonnes raisons. Mais j’ai gardé le chiffre. Vingt-deux barreaux. Je ne les aurais jamais comptés à mon pas.

Manne te donne une prière par jour, à dire à l’allure qui viendra.