Le carnet · 26 août 2026

Sans moi dedans

À la fin de la dizaine, je vais vite. Je l’ai toujours su et je mettais ça sur la fatigue, ou sur l’envie d’en finir avec les cinq.

Ce n’est pas ça. Cette semaine je me suis écoutée, et j’ai vu où ma voix ralentit. Elle ralentit sur les dix Je vous salue Marie, parce que dedans il y a quelqu’un pour qui je prie et que j’ai presque toujours un nom en tête. Elle ralentit sur le Notre Père, où il y a des demandes, dont certaines me concernent beaucoup. Puis arrive la ligne où il n’y a rien à obtenir, et elle accélère toute seule.

Autrement dit, je vais vite exactement là où je n’ai rien à gagner. Ce n’est pas flatteur, mais c’est net.

J’ai essayé, un soir, de la dire seule, sans dizaine autour, et de ne rien ajouter derrière. Le texte est très court. Le silence derrière, non.

Et j’ai découvert ce que je faisais dans ce silence. J’attendais mon tour. Pas Dieu, pas une réponse : mon tour de reparler, de revenir à ce pour quoi j’étais venue. La louange, dans ma bouche, a la forme d’une politesse qu’on fait avant de demander.

Je pourrais m’arranger avec ça. Dire que c’est déjà bien de s’en apercevoir, que la louange s’apprend, que ça viendra. Peut-être. Mais ce que je constate est plus bête : la seule fois où j’ai dit cette prière sans me presser, c’était un soir où je n’avais plus la force de vouloir quoi que ce soit. Rien de spirituel là-dedans. Le désir s’était arrêté, et la phrase avait enfin de la place.

Ça m’ennuie, parce que je ne sais pas fabriquer cet état, et je ne suis pas sûre de vouloir l’appeler grâce.

Alors je ne change presque rien. Je garde la ligne où elle est, à la fin, et j’essaie seulement de ne plus rien mettre après. Ce soir je n’ai pas tenu : j’ai enchaîné sur un nom, très vite, avant même d’avoir fini le mot Amen. Je réessaierai demain. Ce n’est pas grand-chose, se taire après.

Dans Manne, demain, une prière que je n’aurai rien à négocier.