Le carnet · 21 juillet 2026

Trois heures du matin

Il y a une heure que je connais trop bien. Trois heures du matin, parfois un peu avant. Je me réveille sans raison, et aussitôt l’esprit se met en marche comme une machine qu’on n’a pas éteinte. Ce n’est pas de la pensée, à cette heure-là ; c’est de la rumination. Les mêmes soucis tournent, plus gros que le jour, sans la lumière qui les remettrait à leur taille. Et je lutte. Je me retourne, je compte, je m’agace de ne pas me rendormir, ce qui est le plus sûr moyen de ne pas y arriver.

Longtemps j’ai cru que le combat était de me rendormir. Reconquérir le sommeil, vite, avant que la nuit ne soit perdue. Puis un verset que je travaillais m’a fait changer de camp. « Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël. » Je l’avais lu cent fois comme une image pieuse. Cette nuit-là, à trois heures, il m’a rejoint autrement : pendant que je veille malgré moi, Quelqu’un veille exprès. Je ne suis pas le seul éveillé dans le noir.

Ça n’a rien réglé de mécanique. Je me réveille toujours. Mais j’ai arrêté de traiter ces minutes comme du temps volé. Au lieu de lutter pour sombrer, je fais une chose petite : je nomme ce qui tourne. Un par un, les soucis qui reviennent, je les pose — non pas pour les résoudre à trois heures, ce serait absurde, mais pour les remettre à Celui qui, lui, ne dort pas. « Tu veilles, alors garde ça pour moi jusqu’au matin. » Et souvent, dans le fait même de lâcher, le sommeil revient par la porte de derrière, celle que je surveillais trop pour la voir.

Je ne dis pas que la prière soigne l’insomnie. Certaines nuits restent longues. Mais elles ne sont plus vides, ni tout à fait solitaires. Il y a une différence entre veiller seul contre le noir et veiller un moment avec quelqu’un qui veillait déjà.

Ce soir, si je me réveille à trois heures, je n’essaierai pas d’abord de me rendormir. J’essaierai de me souvenir qui est éveillé avec moi. Dans Manne, un mot m’attend pour ces heures-là — juste de quoi tenir jusqu’au jour.