Le carnet · 22 juillet 2026
Lever les yeux
J’ai lu le psaume 121 des dizaines de fois avant de remarquer qu’il commençait par un geste, et pas par une idée. « Je lève mes yeux vers les montagnes : d’où me viendra le secours ? » Je le prenais pour une tournure, une manière ancienne de dire qu’on cherche de l’aide. Puis un matin où j’avais la tête basse — au sens propre, le menton sur la poitrine, les yeux sur mes mains posées sur la table — je me suis souvenu de la phrase, et je l’ai prise au mot. J’ai levé les yeux.
Ce n’est rien, lever les yeux. C’est le premier mouvement d’un enfant qui cherche quelqu’un dans une pièce. Mais je m’étais habitué à vivre le regard rabattu : sur l’écran, sur la liste, sur le prochain pas à faire. Mon inquiétude aussi regardait vers le bas, tournée vers l’intérieur, à faire l’inventaire de tout ce qui n’allait pas. Lever les yeux, ce matin-là, ça a d’abord été physique — la nuque qui se redresse, la cage thoracique qui s’ouvre un peu. Et puis, sans que je l’aie décidé, autre chose a suivi le mouvement.
Le psaume ne s’arrête pas à la question ; il répond tout de suite. « Le secours me vient de l’Éternel, qui a fait les cieux et la terre. » Ce qui m’a saisi, c’est l’ordre des choses. Le geste d’abord, la réponse ensuite. Comme si on ne pouvait pas recevoir la réponse la tête baissée. Comme s’il fallait d’abord regarder ailleurs que sur soi pour que le secours ait par où entrer.
Je ne veux pas en faire une recette. Certains matins, je lève les yeux et je ne sens rien qu’un plafond. Le geste ne fabrique pas la présence ; il se contente de me tourner vers elle, au cas où. Mais il y a une différence entre chercher le secours dans le noir de sa propre tête et le chercher en levant les yeux — même vers un ciel qui se tait. Le corps prend une posture d’attente, et l’attente, parfois, est déjà une prière.
Aujourd’hui, quand je sentirai le menton retomber, j’essaierai ce geste minuscule : lever les yeux avant de chercher plus loin. Dans Manne, un mot m’attend ce matin pour lever les yeux avec moi.