Les derniers sacrements : ce que la formule recouvre
On croit que « les derniers sacrements », c'est l'extrême-onction. Ils sont trois, et le dernier n'est pas une onction : c'est un pain pour la route.
Publié le
« Il a reçu les derniers sacrements. » La phrase se lit dans les faire-part, se dit à voix basse dans les couloirs, et presque tout le monde l’entend de la même façon : un prêtre est passé, il a fait une onction, c’était la fin. Les derniers sacrements, ce serait l’extrême-onction, sous un autre nom.
Ce n’est pas faux, mais c’est un tiers de la vérité. Et le tiers qui manque est justement celui que la tradition considère comme le dernier.
Trois sacrements, pas un
Le Catéchisme de l’Église catholique fait un rapprochement simple. De même que le baptême, la confirmation et l’eucharistie forment ensemble les sacrements de l’initiation, ceux qui font entrer dans la vie chrétienne, trois autres forment ensemble ceux qui la terminent : la pénitence, l’onction des malades et l’eucharistie reçue comme viatique. Il leur donne un nom qui vaut d’être retenu : les sacrements qui préparent à la patrie, ou qui achèvent le pèlerinage terrestre (§ 1525).
Il y a donc un ordre, et il a du sens. D’abord la réconciliation, si la personne le souhaite et le peut : ce qui pèse est déposé. Puis l’onction, qui fortifie un corps et une âme à bout de forces ; le Catéchisme l’appelle aussi, pour ceux qui sont près de mourir, le « sacrement des partants » (§ 1523). Enfin la communion. Le texte est net sur ce point : l’eucharistie devrait être le dernier sacrement de la vie terrestre (§ 1517).
L’onction, dont on a fait le symbole de la fin, n’est donc pas la dernière chose qu’on reçoit. C’est l’avant-dernière. La page sur le sacrement des malades dit pourquoi elle n’est pas réservée aux mourants. Celle-ci regarde ce qui vient après.
Le viatique : des provisions, pas un adieu
Le mot sonne savant, il est très concret. Viaticum, en latin, ce sont les provisions qu’on emporte pour la route. Ce qu’on glisse dans le sac de quelqu’un qui part, parce qu’on sait qu’il aura faim en chemin.
C’est exactement ce que l’Église donne à celui qui va mourir : pas un dernier mot, un dernier repas. Le Catéchisme appuie ce geste sur une phrase de l’Évangile de Jean :
Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour.
Jean 6.54 (Segond 1910)
Et il en tire une lecture qui renverse la manière dont on parle d’habitude de ces moments. Reçue à l’heure du passage, la communion est semence de vie éternelle ; elle est le sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde vers le Père (§ 1524). On ne donne pas le viatique à quelqu’un qui s’arrête. On le donne à quelqu’un qui part.
Le pain pour un chemin trop long
L’image a un ancêtre, dans le premier livre des Rois. Le prophète Élie, épuisé, s’est couché sous un arbre dans le désert en demandant de mourir. Un ange le réveille une première fois, puis revient :
L’ange de l’Éternel vint une seconde fois, le toucha, et dit: Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi. Il se leva, mangea et but; et avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, à Horeb.
1 Rois 19.7-8 (Segond 1910)
« Le chemin est trop long pour toi. » L’ange ne nie pas la fatigue, il ne promet pas que la route sera courte. Il nourrit. Toute la Bible connaît ce geste : le pain qui tombe chaque matin dans le désert pour un peuple en marche, la manne qui suffit pour le jour et ne se garde pas. Le viatique en est la forme dernière : la nourriture pour le seul trajet qu’on fait sans personne à côté.
Ce que cela change, pour ceux qui veillent
Concrètement, une chose surtout : ne pas attendre. Si les derniers sacrements sont trois, et que le dernier est une communion, il faut que la personne puisse encore la recevoir, et se confesser si elle le désire. Appeler le prêtre quand elle ne peut plus rien avaler ni rien dire, c’est souvent la priver de ce qu’on voulait justement lui donner.
On peut demander les trois ensemble, en appelant la paroisse ou l’aumônerie de l’hôpital, et dire simplement : « Elle voudrait se confesser et communier, et recevoir l’onction. » Le prêtre saura l’ordre. Ce n’est pas annoncer la mort, c’est préparer un sac.
Et s’il est trop tard, si la personne est déjà partie, les sacrements s’arrêtent là où la vie s’arrête : ils sont pour les vivants. Mais la prière, elle, continue. Il reste à confier celui qui est parti, et c’est un vrai geste, pas une consolation de second rang.
Une prière pour celui qui part
Pour les heures où l’on veille quelqu’un qui va recevoir le viatique, ou qui vient de le recevoir, en voici une, écrite pour cette page.
Seigneur, le chemin est trop long pour lui, et pour nous qui restons au bord. Donne-lui le pain qu’il faut pour la route, et la force de ce pain jusqu’au bout. Qu’il ne marche pas seul, et que nous sachions le laisser partir.
Les derniers sacrements ne disent pas qu’il n’y a plus rien à faire. Ils disent qu’il reste un voyage, et que personne ne part sans provisions.
Questions fréquentes
Quels sont les derniers sacrements ?
Ils sont trois : la pénitence (la confession), l'onction des malades et l'eucharistie reçue comme viatique. Le Catéchisme les rassemble sous un nom : les sacrements qui préparent à la patrie, ou qui achèvent le pèlerinage terrestre (§ 1525).
Les derniers sacrements, est-ce l'extrême-onction ?
Pas seulement, et pas d'abord. L'onction des malades, l'ancienne extrême-onction, en fait partie, mais le sacrement que le Catéchisme désigne comme le dernier de la vie terrestre est l'eucharistie reçue en viatique (§ 1517).
Que veut dire « viatique » ?
Le mot vient du latin viaticum, les provisions qu'on emporte pour un voyage. C'est la communion donnée à celui qui va quitter cette vie, comme une nourriture pour le dernier trajet. Le Catéchisme parle d'un passage de la mort à la vie, de ce monde vers le Père (§ 1524).
Quand faut-il appeler le prêtre ?
Tôt, tant que la personne peut encore se confesser si elle le souhaite et recevoir la communion. Attendre le dernier moment, c'est souvent rendre impossible ce qu'on voulait justement lui donner.