Le sacrement des malades : ce qu'il est, quand le demander
Beaucoup le confondent encore avec l'extrême-onction et attendent trop tard. Ce qu'il est vraiment, ce qui s'y passe, et quand le demander.
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Quand quelqu’un qu’on aime devient gravement malade, il arrive un moment où la question se pose, et presque toujours à voix basse : est-ce qu’on appelle un prêtre ? Beaucoup n’osent pas, pour une raison qu’ils formulent rarement. Ils ont le sentiment qu’en appelant, ils annonceraient quelque chose. Que le sacrement dirait au malade ce que personne autour de lui n’a encore eu le courage de dire.
Cette crainte repose sur un malentendu. Il est ancien, il est compréhensible, et il fait attendre des semaines de trop.
Ce n’est plus « l’extrême-onction »
Pendant des siècles, l’usage a glissé : on a fini par réserver cette onction aux tout derniers instants, et le nom d’extrême-onction est resté dans les mémoires bien après que la pratique a changé. Le concile Vatican II a repris la question de front en 1963 : ce sacrement, qu’il demande d’appeler plutôt l’onction des malades, n’est pas réservé à ceux qui se trouvent à l’extrémité de la vie (Constitution Sacrosanctum concilium, art. 73).
Le Catéchisme reprend la même phrase et précise le moment juste : dès qu’un fidèle commence à être en danger de mort par suite de maladie ou de vieillesse (§ 1514). Le verbe compte plus que le reste. Il ne désigne pas une fin de parcours, il désigne un seuil franchi.
Le texte d’où vient le geste
Le geste existe avant d’avoir reçu un nom. Une lettre du Nouveau Testament le décrit en trois lignes :
Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que les anciens prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné.
Jacques 5.14-15 (Segond 1910)
Regarde qui appelle. Ce n’est pas l’Église qui vient constater un état, c’est le malade qui fait venir. Le verbe est actif, et il est de son côté. Ce détail règle une bonne partie de la gêne : demander l’onction n’est pas subir un verdict, c’est passer un appel.
Ce qui se passe, concrètement
Un prêtre, et lui seul, donne ce sacrement (§ 1516). Dans le rite romain, il fait une onction sur le front et sur les mains, avec une huile bénite pour cela (§ 1513). Les mots qu’il prononce demandent deux choses : que le Seigneur, dans sa bonté, secoure le malade par la grâce de l’Esprit Saint, et qu’il le libère du péché et le relève.
Cela dure quelques minutes. Cela se fait à l’hôpital, à la maison, dans une chambre où d’autres se tiennent debout sans savoir où se mettre. Rien n’y est spectaculaire, et c’est voulu : le sacrement ne cherche pas à impressionner un malade qui n’a plus de force à dépenser.
Quand le demander, et combien de fois
Autant de fois qu’il le faut. On peut le recevoir de nouveau si l’on retombe gravement malade, ou une seconde fois au cours de la même maladie si l’état s’aggrave ; il est aussi opportun avant une opération sérieuse, et pour les personnes âgées dont la fragilité s’accentue (§ 1515).
C’est peut-être le point le plus mal connu, et celui qui désamorce le mieux la peur. Un sacrement qui peut revenir n’est pas un point final. Il revient comme la maladie revient, à chaque fois qu’un cap se présente. Une prière la veille d’une opération et une onction reçue le matin même ne se font pas concurrence : elles font le même trajet, l’une avec des mots, l’autre avec de l’huile.
Ce qu’il ne promet pas
Il faut le dire clairement, parce que beaucoup l’attendent : ce sacrement ne garantit pas la guérison. La liturgie demande depuis toujours que le malade recouvre la santé, en ajoutant une condition qui rend la demande honnête plutôt que magique : si cela convient à son salut (§ 1512).
Ce qui est promis sans condition est ailleurs, et c’est déjà beaucoup : une force donnée, et un pardon qui n’attend pas d’avoir été bien formulé. Jacques l’écrit dans cet ordre, d’ailleurs : le Seigneur le relèvera, et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné. Le second membre de phrase arrive après coup, presque en passant, comme une chose qui va de soi.
Ce que peut faire celui qui veille
Concrètement : appeler la paroisse du lieu, ou l’aumônerie de l’établissement, qui existe dans la plupart des hôpitaux et dont personne ne pense à demander le numéro. On peut le faire avant d’en parler au malade, pour savoir ce qui est possible, et lui poser la question ensuite, sans dramatiser. « Est-ce que tu voudrais qu’un prêtre passe ? » est une phrase qui se dit.
Et en attendant, il reste ce qui est toujours possible, y compris quand on n’a pas de mots. Si les tiens manquent, en voici, écrits pour cette page.
Seigneur, je ne sais plus quoi demander, sinon que Tu arrives dans cette chambre avant nous. Que cette huile dise ce que nous n’arrivons plus à dire. Donne la santé si elle peut venir, et Ta paix dans tous les cas.
Ce sacrement ne dit pas qu’il est trop tard. Il dit exactement le contraire : qu’il est temps, et que quelqu’un vient. Le reste, veiller, téléphoner, porter un nom chaque soir ou confier un corps qui lâche, continue comme avant, avec un poids en moins.
Questions fréquentes
Le sacrement des malades, est-ce la même chose que l'extrême-onction ?
C'est le même sacrement, sous un nom corrigé. L'usage l'avait progressivement réservé aux tout derniers instants, d'où le nom d'extrême-onction resté dans les mémoires. Le concile Vatican II a demandé qu'on l'appelle plutôt l'onction des malades, et rappelé qu'il n'est pas réservé à ceux qui sont à l'extrémité de la vie (Sacrosanctum concilium, art. 73).
Faut-il attendre que la situation soit désespérée pour le demander ?
Non, et c'est même l'erreur la plus fréquente. Le Catéchisme situe le moment juste dès qu'un fidèle commence à être en danger de mort par suite de maladie ou de vieillesse (§ 1514). Le mot important est « commence » : il désigne un seuil franchi, pas une fin de parcours.
Peut-on le recevoir plusieurs fois ?
Oui. On peut le recevoir de nouveau si l'on retombe gravement malade, ou une seconde fois au cours de la même maladie si l'état s'aggrave ; il est également opportun avant une opération sérieuse, et pour les personnes âgées dont la fragilité s'accentue (§ 1515). Ce n'est pas un point final, c'est un sacrement qui peut revenir autant de fois que la maladie revient.
Est-ce que ce sacrement guérit ?
Il ne le garantit pas, et il ne l'a jamais prétendu. La liturgie demande depuis toujours la santé du malade en y ajoutant une condition qui rend la demande honnête : si cela convient à son salut (§ 1512). Ce qui est promis sans condition, c'est le réconfort de l'Esprit et le pardon.