Prière avant une opération : la veille et le matin même

Une date sur le papier, une nuit à passer, des heures qu'on ne verra pas. Une prière avant une opération, pour la veille et pour le matin même.

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Il y a une date sur le papier. C’est ce qui rend une opération différente du reste de la maladie : la peur a un horaire. On sait le jour, souvent l’heure, le moment où il faudra arrêter de manger, celui où l’on passera la porte. Tout le reste de la vie continue autour de cette date comme si de rien n’était.

Cette précision est une grâce et une épreuve. Une grâce, parce qu’on peut s’y préparer — l’attente a une fin visible. Une épreuve, parce qu’un compte à rebours travaille tout seul, y compris la nuit, y compris quand on croit penser à autre chose.

Ce qu’une opération demande vraiment de remettre

On croit que l’enjeu est le résultat. Il compte, évidemment. Mais ce qui serre la poitrine la veille au soir, ce n’est pas seulement l’issue : c’est qu’il va falloir se laisser faire.

Une opération est l’un des rares moments où l’on cède tout à la fois. La décision, à des gens qu’on connaît peu. Le corps, ouvert par des mains qu’on n’a pas choisies. Et la conscience elle-même, qui s’éteint sur commande pour des heures dont on ne gardera aucun souvenir. Il y aura, dans ta vie, un bloc de temps que tu n’auras pas vécu.

C’est exactement ce que dit un verset qu’on lit d’habitude trop vite :

Mes destinées sont dans ta main ; délivre-moi de mes ennemis et de mes persécuteurs.

— Psaume 31.16 (Segond 1910)

Le mot hébreu que Segond traduit par « destinées » dit d’abord les temps : mes heures sont dans ta main. Non pas mon dossier, non pas mon pronostic — mes heures. Y compris celles que je ne verrai pas passer. Le psaume ne promet aucune issue ; il dit à qui appartient l’intervalle. Pour qui va s’endormir sous anesthésie, c’est probablement la phrase la plus exacte de toute la Bible.

Une prière pour la veille

Voici une prière écrite pour cette page. Elle est faite pour le soir d’avant — celui où la maison est rangée, le sac préparé, et où il ne reste plus rien à faire.

Seigneur, la date est là et je n’ai plus rien à préparer. J’ai peur, et je préfère Te le dire simplement plutôt que de faire comme si j’étais tranquille. Demain, je vais me remettre entre des mains humaines, et pendant quelques heures je ne serai plus là pour rien tenir. Mes heures sont dans Ta main : garde-les, celles-là aussi. Donne à ceux qui m’opèrent de la précision et du calme. Donne à ceux qui m’attendent de quoi tenir. Et si je dois traverser quelque chose de dur, ne me laisse pas le traverser seul.

Demande la réussite si tu la veux — tu en as le droit, et le désir de guérir n’a pas à être corrigé pour devenir présentable. Tiens seulement la demande ouverte : tu ne sais pas ce qui doit arriver, tu sais devant qui tu le poses. C’est la différence entre une prière et un marché.

Le matin même

Le matin, tout va vite et rien ne t’appartient. On te réveille tôt, on te fait signer, on t’installe, on te déplace. Ce n’est pas un moment pour une prière construite.

Prépare-toi donc une phrase courte, une seule, apprise la veille. Quelque chose que tu pourras redire sur le brancard, les yeux au plafond, sans avoir à chercher :

Seigneur, mes heures sont dans Ta main.

Redis-la jusqu’à ce que tu ne la finisses plus. Beaucoup racontent s’être endormis au milieu — c’est une très belle façon de perdre conscience, et ce n’est pas une prière interrompue : c’est une prière achevée autrement.

Si un aumônier passe, ou si l’on te propose le sacrement des malades, accepte-le sans y voir un mauvais présage. Ce sacrement n’est pas réservé à la fin ; il est fait précisément pour ces seuils-là.

Pour ceux qui attendent pendant

Il y a l’autre place, celle de la salle d’attente, et elle a sa difficulté propre : le temps y est parfaitement vide et parfaitement long. On regarde l’heure, on calcule, on interprète le moindre passage d’une blouse dans le couloir.

Là encore, une phrase brève tenue longtemps vaut mieux qu’un effort de recueillement que l’inquiétude va gagner. Reprends la même ligne du psaume, en la disant pour l’autre. Tu ne peux rien décider de ce qui se passe derrière la porte ; tu peux rester relié. Tout ce qui vaut pour une personne hospitalisée vaut ici, resserré sur quelques heures.

Et quand ce sera fini, note-le quelque part. Les jours d’après sont souvent flous — la fatigue, le soulagement, les nouvelles à donner. Une ligne écrite ce jour-là te dira, dans un mois, ce que tu as vraiment demandé et ce que tu as reçu. C’est le geste que Manne a voulu garder : porter un proche sur la durée, sans avoir à retrouver chaque soir la ferveur du premier.

Une opération ne se prie pas mieux avec de longues phrases. Elle se prie avec la seule chose que tu peux vraiment donner, la veille au soir : ton consentement à ne pas être aux commandes pendant quelques heures — et la confiance que quelqu’un d’autre les tient.

Questions fréquentes

Que dire dans une prière avant une opération ?

Dis la date, dis la peur, et remets les heures que tu ne verras pas. « Seigneur, mes destinées sont dans Ta main » suffit. Tu n'as pas à formuler une demande parfaite : tu as à te présenter avec ce que tu as, la veille au soir, tel que tu es.

Faut-il demander la réussite de l'opération ?

Oui, demande-la simplement, sans détour. Le désir de guérir est bon et n'a pas à être corrigé. Tiens seulement la demande ouverte : tu demandes une issue sans prétendre savoir laquelle t'est bonne, et cette ouverture n'affaiblit pas la prière, elle l'empêche de devenir un marché.

Comment prier la veille au soir, quand on ne dort pas ?

Ne cherche pas à prier longtemps. Une phrase répétée vaut mieux qu'un effort de concentration que la peur va gagner. Beaucoup redisent la même ligne au fil de la nuit, comme on tient une rampe — l'insomnie devient alors une veille, et non plus une défaite.

Que peut faire un proche pendant l'opération ?

Choisir une phrase courte et y revenir pendant l'attente, plutôt que de suivre l'horloge. Tu ne peux rien décider de ce qui se passe derrière la porte ; tu peux rester relié à celui qui est dessous. C'est peu, et c'est exactement ce qui t'est demandé.