Prière de louange, les jours où rien n'y invite
Une prière de louange à dire, la différence avec le merci, et les deux appuis que le psaume 150 donne pour louer quand la journée n'y invite pas.
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Il y a des prières qu’on sait dire sans y penser. Demander en est une : dès qu’un besoin se lève, les mots arrivent seuls. Remercier s’apprend, mais s’apprend vite. La louange, non. On la remet, et on la remet à une condition précise : le jour où on en aura envie.
Ce jour ne vient pas souvent. Ce qui vient, c’est une suite de journées correctes où rien ne déborde, et où louer ressemble à un enthousiasme qu’on n’a pas.
Ce n’est pas un merci
La confusion est utile à défaire, parce qu’elle explique l’attente.
Une prière de gratitude a un objet, et cet objet est à moi : ce qui a été donné, ce qui a tenu, ce qui a été évité. Elle passe par un inventaire. C’est sa force, et c’est aussi sa limite : les jours où l’inventaire est maigre, ou faussé par une mauvaise nouvelle, elle n’a plus de matière et elle le fait sentir.
Une prière de louange ne parle pas de ce que j’ai reçu. Elle parle de celui à qui je m’adresse. L’objet n’est plus dans ma journée.
Un test simple, à faire une fois pour voir. Écris deux lignes : une qui commence par « Merci pour », une qui commence par « Tu es ». Regarde laquelle vient toute seule et laquelle résiste. Chez la plupart, la première s’écrit en dix secondes et la seconde reste en suspens, parce qu’on cherche encore un motif à mettre derrière.
Il n’y en a pas à mettre. C’est exactement le point.
Deux appuis dans le même verset
Le psaume 150 est le dernier du livre. Six versets, dix impératifs de louange, et pas une seule demande. Son deuxième verset donne à la louange deux appuis, côte à côte, et ce ne sont pas les mêmes.
Louez-le pour ses hauts faits. Louez-le selon l’immensité de sa grandeur.
Psaume 150.2 (Segond 1910)
Le premier appui est un bilan : les hauts faits, ce qui a été fait, donc quelque chose qu’on peut compter, et qu’on peut ne pas trouver. Le second n’est pas un bilan. « Selon l’immensité de sa grandeur » ne renvoie à aucun événement, ni ancien ni récent. Rien dans ma semaine ne peut le confirmer, et rien ne peut le démentir.
Autrement dit, le verset laisse une porte ouverte pour les jours où la première moitié ne donne rien. C’est cette porte que la louange emprunte quand la journée a été plate.
Et le psaume finit sur le seuil le plus bas qui soit.
Que tout ce qui respire loue l’Éternel.
Psaume 150.6 (Segond 1910)
Pas ceux qui ont de quoi. Ceux qui respirent.
Le « toutefois » d’Habacuc
Il existe dans l’Écriture un texte qui fait la chose exacte dont il est question ici, et il commence par une liste de pertes.
Car le figuier ne fleurira pas, La vigne ne produira rien, Le fruit de l’olivier manquera, Les champs ne donneront pas de nourriture ; Les brebis disparaîtront du pâturage, Et il n’y aura plus de bœufs dans les étables.
Habacuc 3.17 (Segond 1910)
Six lignes, six manques. Rien n’est adouci, rien n’est mis au conditionnel, et l’inventaire est complet avant qu’un mot de louange ne soit prononcé. Puis vient le verset suivant.
Toutefois, je veux me réjouir en l’Éternel, Je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut.
Habacuc 3.18 (Segond 1910)
Tout tient dans le premier mot. « Toutefois » ne corrige pas la liste, ne l’annule pas, ne prétend pas qu’elle était exagérée. Elle reste vraie en entier. La louange vient se poser après, sur autre chose.
Remarque aussi le verbe. Segond écrit « je veux me réjouir », et le dit deux fois. Ce n’est pas la description d’une joie présente, c’est une décision prise en son absence.
Une prière de louange à dire aujourd’hui
Voici une prière écrite pour cette page. Elle ne suppose ni une bonne journée ni un élan.
Seigneur, je ne viens pas Te dire ce que j’ai reçu. Aujourd’hui je n’ai pas grand-chose à compter, et ce que j’avais compté hier n’a pas tenu. Je veux Te dire ce que Tu es, sans passer par ma journée. Tu étais là avant que je me lève, Tu y seras quand j’aurai tout oublié, et rien de ce qui me manque ne Te diminue. Je le dis sans le sentir, parce que c’est vrai avant d’être senti. Tu es grand, et cela ne dépend pas de moi.
Regarde ce qu’elle ne fait pas. Elle ne cherche pas un motif, elle ne remercie de rien, elle ne demande rien. Les seules phrases où « je » apparaît sont des phrases de retrait : je ne viens pas dire, je n’ai pas à compter, je le dis sans le sentir. Ce qui reste debout à la fin n’est pas un sentiment, c’est une phrase.
Si tu préfères un texte reçu plutôt qu’un texte écrit, le Gloire au Père fait la même chose en trois lignes, et depuis bien plus longtemps.
Ceux qui ont loué sans avoir de quoi
Le plus long poème de louange de la langue anglaise a été écrit ligne à ligne par un homme enfermé sept ans comme fou, avec un chat pour seule compagnie. Christopher Smart y consacre un long passage à cet animal, sérieusement, sans ironie.
Car je vais considérer mon chat Jeoffry. Car il est le serviteur du Dieu vivant, le servant comme il faut et chaque jour.
Christopher Smart, Jubilate Agno, fragment B, v. 695-696
Il n’avait pas de quoi. Il avait un chat, une fenêtre, et l’habitude de regarder ce qui se trouvait devant lui. La louange n’a pas attendu que sa situation s’améliore, et sa situation ne s’est jamais améliorée.
Fanny Crosby, aveugle depuis ses six semaines, a écrit plus de huit mille hymnes. Elle écrit, à la fin de sa vie :
Il semble que la bienheureuse providence de Dieu ait voulu que je sois aveugle toute ma vie ; et je le remercie de cette disposition.
Fanny Crosby, Fanny Crosby’s Life-Story, ch. I, 1903
Une précaution s’impose ici, et elle est importante. Ces deux phrases sont des faits, pas des consignes. Personne n’a à remercier pour ce qui l’abîme, et il n’y a aucune sainteté dans l’épreuve elle-même. Ce que ces deux vies montrent est plus modeste et plus utile : la louange n’a pas eu besoin que les circonstances tournent, et elle a trouvé de la place précisément là où quelque chose manquait.
Ce que tu peux faire ce soir
Prends la structure d’Habacuc, dans l’ordre.
D’abord la liste. Écris ce qui ne va pas, honnêtement, sans arranger et sans relativiser. Autant de lignes qu’il en faut. C’est la partie que la piété saute, et c’est pour cela que sa louange sonne creux.
Puis, en dessous, écris le mot « toutefois ». Seul, sur sa ligne.
Puis une phrase après, une seule, qui ne parle pas de toi. Pas de ce que tu espères, pas de ce que tu attends que ça devienne. Quelque chose qui serait vrai même si la liste du dessus ne bougeait jamais.
Tu n’as rien à ressentir en l’écrivant. C’est une décision, comme chez le prophète, et elle se prend deux fois plutôt qu’une.
Si c’est le mouvement d’ensemble de la prière qui te manque plutôt que cette pièce-là, la page sur la prière chrétienne reprend les choses depuis le début.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une prière de louange ?
Une prière qui parle de Dieu pour ce qu'il est, et non de ce qu'il a fait pour moi. C'est la différence avec la demande, qui part d'un besoin, et avec le merci, qui part d'un bienfait reçu. Une prière de louange peut donc se dire un jour où il ne s'est rien passé, en bien comme en mal, sans sonner faux.
Quelle différence entre la louange et l'action de grâce ?
L'objet. L'action de grâce nomme quelque chose que j'ai reçu : elle passe par mon inventaire, et si l'inventaire est vide elle n'a plus rien à dire. La louange nomme celui à qui je parle, et cette réalité ne dépend pas de ma journée. Le psaume 150 met les deux dans un même verset : « Louez-le pour ses hauts faits. Louez-le selon l'immensité de sa grandeur. » Le premier appui est un bilan, le second n'en est pas un.
Peut-on louer Dieu quand on ne ressent rien ?
Oui, et c'est même le cas le plus fréquent. La louange n'est pas la description d'un état intérieur : c'est une phrase qui dit ce qui est vrai, que le cœur suive ou non. Habacuc 3.17-18 en donne le modèle exact : le prophète dresse d'abord la liste complète de ce qui manque, puis écrit « toutefois ». Il ne prétend nulle part que la récolte est bonne.
Quel psaume dire pour louer ?
Le psaume 150, qui est le dernier du livre et n'est fait que de cela : dix impératifs de louange en six versets, sans une seule demande. Les psaumes 145 à 150 forment ensemble la conclusion louangeuse du psautier. Si un texte plus court convient mieux, le Gloire au Père tient en une phrase et ne demande rien non plus.