Le Gloire au Père, la prière qui ne demande rien

Le Gloire au Père : le texte et ses deux formes reçues, ses racines bibliques, et ce que change le fait d'être la seule prière où le priant n'apparaît pas.

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Trois lignes, à la fin d’une dizaine. On les dit vite, souvent en reprenant son souffle, et on passe au grain suivant. C’est probablement la prière que tu as dite le plus souvent sans y penser.

Elle mérite mieux que ça, pour une raison précise : de toutes les prières que l’on reçoit toutes faites, c’est la seule où tu n’es pas.

Le texte

Deux formes circulent, et toutes deux sont reçues. La plus répandue :

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Et une forme plus récente, employée dans la liturgie francophone :

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, au Dieu qui est, qui était, et qui vient, pour les siècles des siècles. Amen.

La seconde remplace la comparaison avec le commencement par une phrase prise à l’Apocalypse. Ni l’une ni l’autre n’est plus juste. On les dit à la messe et au chapelet, et l’usage local décide.

Il n’y a personne dedans

Relis le texte, mais cette fois en cherchant qui parle. Tu ne trouveras pas. Il n’y a ni « je » ni « nous », aucun nom, aucune situation, aucune demande. Pas d’impératif, pas de « donne », pas de « garde », pas de « prie pour nous ».

Regarde même les verbes. Dans la première moitié, il n’y en a aucun : « Gloire au Père » est une phrase sans verbe, qui ne fait que nommer. Et la seconde moitié n’en a qu’un, à l’imparfait, qui parle d’un temps où tu n’étais pas.

Compare, parce que la comparaison est frappante. Le Notre Père est une suite de demandes, et il dit « nous » à répétition. Le Je vous salue Marie commence par une salutation et finit par une requête, « priez pour nous pauvres pécheurs ». Ce sont des prières où quelqu’un a besoin de quelque chose, et le dit.

Le Gloire au Père, non. Personne n’y demande, personne n’y est demandé.

Le Notre Père finit déjà comme ça

On croit facilement que cette ligne est une pièce ajoutée par la dévotion, un supplément décoratif au bout de la dizaine. Elle est pourtant déjà là, à la fin du texte que Jésus donne, dans la traduction Segond.

Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen.

Matthieu 6.13 (Segond 1910)

Lis ce qui précède immédiatement, dans le même verset : « ne nous induis pas en tentation ». Une demande, la dernière. Puis, sans transition, une phrase qui ne demande plus rien et qui n’a plus « nous » pour sujet. Le mouvement du Gloire au Père est là, en deux lignes, dans le Notre Père lui-même.

Ce que fait la mention du temps

« Comme il était au commencement, maintenant et toujours. » On récite cela comme une formule d’ampleur, une manière de dire longtemps. Ce n’est pas ça. Le mot qui travaille est « comme ».

La phrase compare. Elle met le maintenant, ton maintenant, celui du souci qui t’a fait prendre le chapelet, à côté du commencement et de la suite, et elle refuse de lui donner un statut particulier. Ce soir n’est pas un moment décisif dans l’affaire. C’est un moment.

La seconde forme française dit cela autrement, en citant :

Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant.

Apocalypse 1.8 (Segond 1910)

Et les tout derniers mots de la prière, ceux qu’on avale le plus vite, sont eux aussi une citation. Ils se lisent tels quels chez Paul.

à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles. Amen.

Éphésiens 3.21 (Segond 1910)

« Aux siècles des siècles » : mot pour mot la fin de ce que tu dis à la fin de chaque dizaine. Le lecteur anglophone ne fait pas cette rencontre, parce que sa Bible traduit là « forever and ever » et que sa prière dit « world without end ». En français, le verset et la prière se touchent.

Ce n’est pas un merci

C’est la confusion la plus fréquente, et elle mérite d’être défaite. Louer n’est pas remercier.

Une prière de gratitude a un objet, et cet objet est à moi : ce que j’ai reçu, ce qui a tenu, ce qui a été évité. Elle est tournée vers Dieu, mais elle passe par mon inventaire. Retire-moi de la scène et il ne reste rien à dire.

Le Gloire au Père n’a pas d’objet de ce genre. Il ne mentionne rien de ce qui m’arrive, ni en bien ni en mal. C’est pour cela qu’il peut se dire un jour de gratitude et un jour de désastre sans changer d’un mot, et qu’il ne sonne faux ni l’un ni l’autre jour.

L’Évangile en donne la scène, et sa position dans le récit compte. Les anges parlent la nuit de Bethléhem, avant que les bergers soient allés voir quoi que ce soit.

Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée.

Luc 2.14 (Segond 1910)

Personne n’a encore rien reçu, rien constaté, rien vérifié. La louange n’attend pas le bilan.

Le dire une fois, seul

Ce soir, un seul Gloire au Père. Pas au bout d’une dizaine, pas accroché à autre chose. Debout ou assis, lentement, une fois.

Puis, et c’est là toute la difficulté, ne rien ajouter. Pas de demande à la suite, pas de « et je te confie aussi ». Tu vas sentir un appel du vide, parce qu’une prière qui ne demande rien n’ouvre aucune attente et que tu ne sais pas quoi faire de ce silence-là.

Reste dedans le temps de trois respirations. C’est l’exercice entier, et il n’a rien à donner d’autre que lui-même.

Si le compte et les grains sont ce qui te manque plutôt que les mots, la page comment prier le chapelet reprend l’objet depuis le début.

Questions fréquentes

Quel est le texte exact du Gloire au Père ?

Deux formes circulent, toutes deux reçues. La plus répandue : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. » Et une forme plus récente, employée dans la liturgie francophone : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, au Dieu qui est, qui était, et qui vient, pour les siècles des siècles. Amen. » La seconde remplace la comparaison avec le commencement par une phrase de l'Apocalypse.

Le Gloire au Père est-il dans la Bible ?

Pas comme phrase. Mais chacun de ses morceaux a son vis-à-vis dans l'Écriture : les trois noms viennent de la formule du baptême en Matthieu 28.19, la mention du temps rejoint « celui qui est, qui était, et qui vient » (Apocalypse 1.8), et les derniers mots, « aux siècles des siècles », se lisent tels quels dans Éphésiens 3.21. La prière assemble, elle n'invente pas.

Pourquoi dit-on le Gloire au Père à la fin de chaque dizaine ?

Parce qu'il ne fait pas la même chose que ce qui précède. Une dizaine est une suite de demandes : dix fois « priez pour nous », et un Notre Père avant. Le Gloire au Père ne demande rien, ne mentionne personne, et ne parle pas de la situation qui t'a fait prendre le chapelet. Il ne conclut pas la dizaine, il en change le sujet.

Quelle différence avec le Gloria de la messe ?

La longueur et le mouvement. On appelle parfois le Gloire au Père la petite doxologie, par contraste avec le Gloria de la messe, un hymne beaucoup plus long qui, lui, finit par demander (« prends pitié de nous »). Le Gloire au Père tient en une phrase et ne demande à aucun moment.