Prière pour les soignants : ceux qui veillent pour nous

Le soir, on quitte la chambre et quelqu'un reste. Une prière pour les soignants, ceux des heures qu'on ne voit pas, et un geste simple pour les porter.

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Il y a un moment, à l’hôpital, que tout le monde connaît. C’est la fin des visites. On remet son manteau, on dit à demain, on cherche encore une phrase à laisser sur la table de nuit. Et puis on s’en va. Dans le couloir, une infirmière passe en sens inverse, un plateau à la main. Elle, elle reste.

On prie beaucoup pour les malades, et c’est juste. On pense moins à ceux à qui on les laisse. L’aide-soignante qui fera la toilette du matin, l’infirmier de nuit, le brancardier, la personne qui change les draps sans que personne ne lève les yeux. Ce sont eux qui veillent quand nous dormons. Une prière pour les soignants commence par là : s’apercevoir qu’on leur confie quelqu’un, chaque soir, sans le dire.

« Aie soin de lui »

On lit d’ordinaire la parabole du bon Samaritain pour son héros. Un homme est laissé à demi mort sur la route, deux passants s’écartent, le troisième s’arrête. Mais l’histoire ne se termine pas sur la route.

Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit: Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.

Luc 10.34-35 (Segond 1910)

Le Samaritain ne reste pas. Il a sa route, lui aussi. Le lendemain, il fait ce que nous faisons tous à la fin des visites : il confie le blessé à quelqu’un d’autre. Et la parabole garde, en passant, un personnage dont on ne parle jamais. L’hôte de l’auberge. Il n’a pas de nom. Il n’a pas trouvé l’homme sur la route, il n’a pas eu le beau geste. Il a reçu deux pièces et une consigne, et il a assuré la suite : les nuits, les pansements, les jours où il ne se passe rien.

C’est la place de ceux qui soignent nos proches. Ils arrivent après l’urgence et restent après notre départ. « Aie soin de lui » : c’est la phrase qu’on leur dit, ou qu’on pense très fort en franchissant la porte. Prier pour eux, c’est la redire devant Dieu, en ajoutant cette fois leur nom à eux.

Une prière pour les soignants

Voici une prière écrite pour cette page. Elle peut se dire en quittant une chambre d’hôpital, le soir, ou en pensant à quelqu’un qui commence sa garde.

Seigneur, je Te confie ceux qui veillent quand je m’en vais. Les mains qui soignent la nuit, les pas dans le couloir, la patience des gestes cent fois refaits. Garde-les de la fatigue qui durcit et de la tristesse qui s’accumule. Donne-leur ce qu’ils donnent : de l’attention, un peu de repos, et quelqu’un qui pense à eux.

Si tu es toi-même soignant ou soignante, tu peux la dire au pluriel, pour l’équipe, en commençant ta garde. Elle n’a rien à changer.

Les heures qu’on ne voit pas

Il y a dans le psaume 121 une phrase qu’on dit souvent pour soi : « Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël » (Psaume 121.4). Le psaume 121 est un psaume de route, celui du voyageur qui lève les yeux. Mais ce verset dit aussi quelque chose des soignants de nuit. Ils font, à leur échelle, ce que le psaume réserve à Dieu : rester éveillés pendant que les autres dorment.

Personne ne peut tenir cela longtemps sans aide. Prier pour un soignant, ce n’est pas lui souhaiter du courage de loin. C’est rappeler que la garde n’est pas seulement la sienne. Celui qui ne dort pas veille aussi sur celui qui veille. On peut le dire en une ligne : garde-le, garde-la, cette nuit.

Il y a aussi ce qu’on ne voit pas de jour. La lassitude, les décès qu’on ne raconte pas en rentrant, les familles inquiètes qui se trompent de colère. Dans la prière après une opération, une ligne demandait déjà : « Bénis les mains qui ont pris soin de moi, celles que je n’ai pas vues. » Cette page en est la suite. Les mains qu’on n’a pas vues sont souvent les plus nombreuses.

Ceux qui ont fait du soin une prière

L’histoire chrétienne compte beaucoup de soignants, et peu de héros spectaculaires parmi eux. Jean de Dieu, au XVIe siècle, louait une maison à Grenade et y portait les malades sur son dos. Puis il mendiait pour eux dans les rues. Ses premiers compagnons ont retenu le cri qu’il lançait alors : « Faites du bien à vous-mêmes, frères, pour l’amour de Dieu. »

Florence Nightingale, pendant la guerre de Crimée, faisait seule sa ronde de nuit entre les lits de l’hôpital de Scutari, une lampe à la main. La presse anglaise l’a racontée, et l’image est restée. Derrière la réformatrice, il y avait une conviction toute simple : servir les malades, c’était servir Dieu.

Et Hanna Chrzanowska, infirmière à Cracovie au XXe siècle, a inventé les soins à domicile pour ceux que personne n’allait voir, en étant elle-même malade. Elle apprenait à ses élèves à regarder chaque patient comme une personne entière, corps et âme.

Aucun des trois n’a soigné pour être vu. C’est justement pour cela qu’il vaut la peine de prier pour ceux qui leur ressemblent aujourd’hui.

Une piste : apprendre un prénom

La prochaine fois que tu entres dans un service, lis le badge. Retiens un prénom, celui de l’infirmière du soir ou de l’aide-soignant qui a souri. Dis-le en partant, simplement : merci, Claire. Merci, Karim.

Puis, le soir, porte ce prénom dans ta prière. Un seul suffit. C’est un merci qu’il ou elle ne verra jamais, et c’est peut-être pour cela qu’il est juste. Si tu tiens un carnet de prière, note-le. Tu verras combien de prénoms s’y accumulent en une seule hospitalisation.

On confie toujours quelqu’un à quelqu’un. Autant que ce soit en le sachant, et en priant pour les deux.

Questions fréquentes

Quelle prière dire pour les soignants ?

Une prière courte qui les confie à Dieu pour les heures où personne ne les voit : la fatigue, les gestes répétés, les nuits. Tu peux reprendre celle de cette page, ou simplement dire le prénom d'une infirmière ou d'un aide-soignant en ajoutant : garde-le, garde-la, cette nuit.

Que dit la Bible sur ceux qui soignent ?

La parabole du bon Samaritain (Luc 10.30-37) se termine par une passation : le Samaritain repart et confie le blessé à l'hôte de l'auberge en lui disant « Aie soin de lui » (Luc 10.35). Celui qui assure la suite des soins, sans nom et sans éclat, fait partie de l'histoire.

Un soignant peut-il dire cette prière pour lui-même ?

Oui. Il suffit de la dire au pluriel, pour l'équipe, ou en début de garde, pour soi et pour les collègues. Prier pour ses propres mains n'a rien de présomptueux : c'est reconnaître qu'elles ne tiennent pas seules.

Comment remercier un soignant quand on ne sait pas quoi dire ?

Commence par son prénom. Le lire sur le badge, le retenir, le redire. Puis porte-le le soir dans ta prière. C'est un merci qu'il ou elle ne verra pas, et c'est peut-être le plus juste.