Prière pour pardonner à quelqu'un qui ne s'excuse pas
Pardonner à quelqu'un qui ne s'excuse pas ne veut pas dire excuser. Une prière pour poser une rancune qui dure, un verset de Marc, une piste concrète.
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Il y a le pardon qu’on demande, et il y a celui qu’on doit donner. Le premier a ses mots, ses gestes, parfois son sacrement. Le second reste souvent sans forme : personne n’a rien demandé, rien n’a été reconnu, et tu portes seul quelque chose qui ne se referme pas.
C’est là qu’on cherche une prière. Non pour se sentir généreux, mais parce qu’on est fatigué de traîner ça.
Pardonner n’est pas dire que ce n’était rien
La première chose à écarter, c’est le malentendu qui bloque presque tout le monde. Pardonner ne signifie pas que le tort était léger. S’il l’avait été, il n’y aurait rien à pardonner. On ne pardonne que ce qui compte.
Pardonner ne veut pas dire non plus oublier, ni faire comme si, ni revenir dans une situation qui te ferait du mal. Une distance peut être juste, et le pardon ne l’annule pas. Il ne t’oblige pas à redonner une place à quelqu’un qui s’en servirait de la même manière.
Ce qu’il change est ailleurs. Pardonner, c’est renoncer à une dette : cesser d’attendre le paiement, l’aveu, l’excuse, la reconnaissance de ce que tu as subi. Non parce que la dette n’existe pas, mais parce que tu ne la récupéreras pas, et qu’à force de la réclamer, c’est ta vie qui reste bloquée à ce guichet.
Quand l’autre ne s’excusera pas
C’est le cas le plus fréquent, et le moins raconté. L’autre ne voit pas, ou ne veut pas voir, ou n’est plus là. Tu attends une phrase qui ne viendra pas.
Il faut alors séparer deux choses que l’on confond toujours. La réconciliation demande deux personnes : elle n’est pas toujours possible, et elle ne dépend pas de toi seul. Le pardon, lui, tient dans un seul cœur. C’est le seul geste qui reste entièrement à ta portée quand tout le reste t’échappe.
Ce pardon-là n’est pas un cadeau que tu fais à quelqu’un qui ne le mérite pas. C’est d’abord une porte que tu ouvres pour toi, du côté où tu es enfermé.
Une prière pour pardonner à quelqu’un
Voici une prière écrite pour cette page. Elle ne suppose pas que tu sois déjà prêt.
Seigneur, je Te confie cette personne, et je Te dis d’abord que je n’y arrive pas. Tu sais ce qui a été fait, et je ne veux pas le minimiser devant Toi pour avoir l’air en paix. Je Te demande seulement ceci : que je cesse de vouloir qu’elle paie. Que son nom, un jour, puisse me traverser sans se refermer sur moi. Et si je dois recommencer demain, donne-moi de recommencer.
Regarde ce qu’elle ne demande pas. Elle ne demande pas de sentir de la tendresse, ni de tout comprendre, ni que l’autre change. Elle demande une seule chose, précise : de ne plus vouloir qu’il paie. C’est le nœud véritable, et c’est souvent le dernier à céder.
« Si vous avez quelque chose contre quelqu’un »
Jésus place cette question au milieu même de la prière, pas à côté.
Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses.
— Marc 11.25 (Segond 1910)
La phrase surprend par sa position : on prie, on est debout, et là, soudain, on est renvoyé à quelqu’un. Comme si la prière ne pouvait pas monter en laissant ce poids en bas.
Elle ne dit pas que Dieu marchande son pardon contre le tien. Elle dit quelque chose de plus simple et de plus rude : une main fermée ne peut pas recevoir. Tant que tu tiens serré ce qu’on te doit, tu n’as pas de place libre pour ce qui t’est donné. C’est le même mouvement que dans la prière de pardon, pris par l’autre bout.
Recommencer, plutôt que réussir
Reste l’expérience que tout le monde fait : on croit avoir pardonné, et la rancune revient intacte au premier souvenir. On se dit alors qu’on a échoué, et on abandonne.
Quand Pierre demande jusqu’où il faut pardonner, et propose sept fois comme une générosité déjà large, Jésus lui répond par un chiffre qui fait sauter le compte : soixante-dix fois sept fois (Matthieu 18.21-22). On entend souvent cela comme la mesure de la patience à l’égard d’un récidiviste. Mais cela vaut aussi pour une seule blessure qui remonte sans cesse. Tu ne pardonnes pas une fois pour toutes : tu pardonnes de nouveau, chaque fois que ça revient.
Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi.
— Colossiens 3.13 (Segond 1910)
Une piste concrète, et une seule. Prends l’habitude de nommer cette personne dans ta prière du soir, une phrase, sans commentaire : je Te la confie. Rien d’autre, surtout pas un bilan de tes progrès. Certains soirs tu le diras à contrecœur, et cela comptera autant. C’est ainsi que se dénoue lentement ce qu’aucune décision ne dénoue d’un coup — comme la paix intérieure se gagne un jour après l’autre.
Le tort restera un tort. Mais il cessera peu à peu d’être le lieu où tu habites.
Questions fréquentes
Comment prier pour pardonner à quelqu'un ?
Commence par nommer la personne et ce qui a été fait, sans l'arrondir. Puis demande, non pas de sentir autre chose, mais de vouloir autre chose : que cette personne aille bien, même si tu n'y crois pas encore en le disant. Le pardon commence souvent par une demande qu'on ne ressent pas. Le sentiment vient après, ou ne vient pas, et ce n'est pas lui qui décide.
Peut-on pardonner à quelqu'un qui ne demande pas pardon ?
Oui, et c'est souvent le seul pardon disponible. Le pardon que tu donnes ne dépend pas de ce que l'autre fait : il te rend ta liberté sans le disculper. La réconciliation, elle, demande deux personnes et n'est pas toujours possible. Distinguer les deux évite d'attendre indéfiniment un geste qui ne viendra peut-être jamais.
Pardonner, est-ce dire que ce n'était pas grave ?
Non. Pardonner suppose au contraire que c'était grave, sinon il n'y aurait rien à pardonner. Ce n'est ni excuser, ni oublier, ni se remettre en danger. C'est cesser de réclamer une dette qu'on ne récupérera pas — et prier pour pardonner, c'est demander de pouvoir renoncer à cette créance sans se mentir sur ce qui s'est passé.
Que faire si la rancune revient chaque jour ?
La reprendre chaque jour. Quand Pierre demande à Jésus jusqu'où pardonner, la réponse déborde tout compte tenu — soixante-dix fois sept fois (Matthieu 18.21-22). Cette mesure vaut aussi pour une seule blessure qui remonte sans cesse : tu ne pardonnes pas une fois pour toutes, tu pardonnes de nouveau, chaque fois que ça revient, et l'écart entre deux retours finit par s'allonger.