Bénir : que veut dire vraiment ce mot dans la Bible
Bénir veut dire « dire du bien » — ni un vœu vague, ni un sentiment. Ce que le mot signifie dans la Bible, et ce qu'il engage quand on le prononce.
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C’est un des mots les plus employés de la langue religieuse, et l’un des plus vagues. On dit d’une naissance qu’elle est une bénédiction, d’un été qu’il fut béni, de quelqu’un qu’il a été béni dans sa vie. À force, le mot finit par vouloir dire chanceux.
Ce n’est pas ce qu’il dit. Et son sens réel est beaucoup plus praticable que sa version floue.
Bénir, c’est dire du bien
Le français ne cache rien : bénir vient du latin benedicere, « dire du bien ». Le latin traduisait le grec eulogein, formé exactement de la même façon — eu, bien ; logos, parole. La bénédiction est d’abord un acte de parole.
Cela change tout. Bénir n’est pas un état intérieur, ni une émotion bienveillante qu’il faudrait produire avant d’ouvrir la bouche. C’est une chose qu’on prononce. Et ce qu’on prononce, contrairement à ce qu’on ressent, se décide.
Le même mot dans les deux sens
Dans la Bible, la bénédiction circule dans les deux directions, et le mot reste le même alors que le geste, lui, diffère.
Quand Dieu bénit, il donne. Le texte le plus précis sur le contenu de cette bénédiction est la formule confiée aux prêtres au désert :
Que l’Éternel te bénisse, et qu’il te garde! Que l’Éternel fasse luire sa face sur toi, et qu’il t’accorde sa grâce! Que l’Éternel tourne sa face vers toi, et qu’il te donne la paix!
— Nombres 6.24-26 (Segond 1910)
Relis la liste. Aucune promesse de richesse, de réussite, de vie facile. On demande la garde, le visage tourné vers toi, la grâce, la paix. La bénédiction biblique n’est pas un bonus ajouté à une vie ; c’est une présence assurée à l’intérieur d’une vie, qui peut par ailleurs être difficile. Beaucoup de gens se croient non bénis parce qu’ils comparent leur situation à un catalogue que la Bible n’a jamais écrit.
Quand nous bénissons Dieu — « bénis l’Éternel », dit le psaume — le geste s’inverse sans changer de nom. Nous ne lui ajoutons rien : nous disons en retour ce qui est vrai de lui. C’est pour cela que bénir et rendre grâce sont si proches ; dans les deux cas, il s’agit de dire à voix haute quelque chose qu’on avait seulement constaté.
Une seule bouche pour deux usages
Reste la troisième direction, celle qui nous concerne le plus : bénir quelqu’un. Là, une lettre du Nouveau Testament fait une remarque presque gênante de justesse.
Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi.
— Jacques 3.9-10 (Segond 1910)
De la même bouche. Jacques ne reproche pas une incohérence de doctrine, mais une incohérence d’organe : le même appareil sert le dimanche et dans la voiture. Et il ne demande pas de mieux ressentir — il demande de surveiller ce qui sort.
Maudire, ici, ne veut pas dire jeter un sort. C’est dire du mal : la phrase qu’on lâche sur un absent, le portrait qu’on fait de quelqu’un quand il n’est pas là, la version où il a tort. On ne se croit pas solennel en le faisant, et c’est bien le problème : la malédiction ordinaire est bavarde, la bénédiction ordinaire est muette.
Ce que cela règle, en pratique
Comprendre que bénir est un acte de parole résout la difficulté la plus courante. On croit qu’il faut d’abord éprouver de la bienveillance pour avoir le droit de la dire. C’est l’inverse qui est demandé, et c’est d’ailleurs plus honnête : prier pour quelqu’un qui t’a fait du mal commence par une phrase dite sans être pensée. « Bénissez ceux qui vous persécutent » (Romains 12.14) n’aurait aucun sens si la condition était le sentiment : personne n’y arriverait jamais.
Voici une prière courte, écrite pour cette page.
Seigneur, apprends-moi à dire du bien. Il y a des noms sur lesquels ma bouche se ferme, et d’autres dont je ne dis rien parce que je les crois acquis. Donne-moi de parler avant de ressentir, et de vouloir ensuite ce que j’aurai dit. Que ce que je prononce sur les autres ressemble un peu à ce que Tu prononces sur moi.
Et une seule piste concrète. Choisis une personne, aujourd’hui, et dis sur elle une phrase de bien — devant Dieu d’abord, à haute voix si tu peux. Cela peut être la formule de Nombres 6, mot pour mot, avec son prénom à la place de toi. C’est le même geste que porter un proche devant Dieu, avec cette différence que tu ne demandes rien pour toi et que tu n’attends pas de résultat.
Une bénédiction ne se vérifie pas. On la dit, on ne sait pas ce qu’elle fait, et l’on remarque au bout d’un moment qu’elle a changé celui qui la prononçait.
Questions fréquentes
Que veut dire bénir, exactement ?
Dire du bien. Le mot français vient du latin *benedicere*, « dire du bien », qui traduit le grec *eulogein*, de même sens. Bénir n'est donc pas d'abord un sentiment ni un vœu vague : c'est une parole prononcée sur quelqu'un, qui dit son bien devant Dieu.
Quelle différence entre bénir Dieu et être béni par Dieu ?
Le même mot va dans les deux sens, mais il ne fait pas la même chose. Quand Dieu bénit, il donne — protection, présence, paix (Nombres 6.24-26). Quand nous bénissons Dieu, nous n'ajoutons rien à ce qu'il est : nous disons en retour ce qui est vrai de lui. C'est pourquoi bénir et rendre grâce sont si proches.
Faut-il être prêtre pour bénir ?
Non. La bénédiction sacerdotale de Nombres 6 est confiée aux prêtres, et certaines bénédictions liturgiques sont réservées à un ministre ordonné. Mais l'Écriture demande à tout croyant de bénir — « bénissez ceux qui vous maudissent » (Luc 6.28) — et une bénédiction de parent sur son enfant, ou de quelqu'un sur son ami, est une pratique chrétienne très ancienne.
Peut-on bénir quelqu'un qu'on n'aime pas ?
C'est même la seule situation où le Nouveau Testament insiste. Bénir engage ta bouche, pas ton affection : « bénissez ceux qui vous persécutent » (Romains 12.14) suppose précisément que le sentiment n'y est pas. On commence par dire du bien, et il arrive qu'on finisse par le vouloir.