Le carnet · 22 août 2026
Le silence que je fais bien
Je prie le soir en me taisant. Ça a commencé par manque de temps, il y a des années, et c’est devenu une manière : je m’assois au bord du lit, je ne dis rien, je reste là le temps qu’il faut. Si on me demandait de décrire ma prière, je décrirais ça, et je le ferais avec une certaine satisfaction.
Le psaume 4 met les choses dans un ordre qui ne m’arrange pas. « Parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous » (Psaume 4.5, Segond 1910). Le silence est en deuxième position. Il est ce qui vient après. Et je fais la seconde moitié depuis des années sans avoir jamais fait la première.
J’ai essayé mardi. Dire la chose entière, en pensée, avant de me taire. Ce qui est monté n’avait rien à voir avec de la prière : une histoire de réunion, quelqu’un qui a repris une idée sans dire d’où elle venait, et une phrase que je me suis répétée trois fois dans des versions de plus en plus définitives. Au bout de deux minutes je me suis arrêtée. Pas parce que j’avais fini. Parce que je n’aimais pas m’entendre.
C’est là que je vois quelque chose et que je ne sais pas quoi en faire. Mon silence du soir n’était peut-être pas de la confiance. C’était peut-être un moyen de ne pas savoir ce qu’il y avait à dire. Se taire tout de suite, ça ressemble exactement à se taire après, ça se voit de l’extérieur pareil, et ça coûte infiniment moins cher.
Je dors bien, du reste. J’ai toujours bien dormi, et je comptais ça du bon côté, comme le signe que les choses étaient déposées. Cette semaine je ne sais plus si je dors parce que j’ai remis mes affaires à quelqu’un ou parce que je ne les ai jamais sorties du placard.
Ce qui m’ennuie le plus, c’est que la version longue me paraît pire. Tout dire, chaque soir, dans les termes injustes du moment, ça ressemble à une permission que je ne me donnerais pas. Le psaume, lui, la donne. Il ne demande pas que ce soit présentable. Il demande seulement que ce soit dit avant.
Je n’ai rien tranché. J’ai juste arrêté de trouver mon silence si réussi, et je réessaierai demain soir sans savoir si c’est mieux.
Dans Manne, ce soir, il y aura quelques mots que je n’aurai pas eu à trouver moi-même.