Le carnet · 10 août 2026

Les versets confortables

J’ai écrit un mot en passant, l’autre soir, sans y penser : que je disais un psaume confortablement. Le mot est resté. J’ai voulu savoir combien j’en avais, de ces versets-là.

Alors j’ai fait la liste de ceux qui me viennent sans que je les cherche. Ils sont cinq ou six, toujours les mêmes, et ils partagent tous la même propriété : ils donnent, et ils ne demandent rien. « Je vous laisse la paix » (Jean 14.27). « L’Éternel est mon berger » (Psaume 23.1). Ce sont de vraies paroles, je ne les ai pas inventées, et je ne veux pas les dévaluer. Mais je remarque qu’ils forment un petit corpus très bien choisi, où je suis toujours celle qui reçoit.

Le premier de ma liste est celui-ci : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11.28, Segond 1910). Je le connais par cœur. Je le dis quand je n’ai plus rien. Et je me suis rendu compte que je ne connais pas la suite — pas parce qu’elle est obscure, mais parce que je m’arrête avant.

La suite dit : « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Matthieu 11.29).

Un joug. C’est-à-dire quelque chose qu’on met sur soi et qu’on ne retire pas quand ça arrange. Il est présenté comme léger, et je veux bien le croire, mais léger n’est pas rien. La phrase que je récite depuis des années est la première moitié d’une phrase, et l’autre moitié me met quelque chose sur les épaules.

Ce qui me frappe le plus, c’est que le mot repos est dans les deux versets. Le repos promis en 28 est le même que celui qu’on trouve en 29 — sauf qu’en 29, il arrive avec le joug, et pas avant. Je me suis toujours arrangée pour prendre le repos sans son mode d’emploi.

Ce n’est pas le même problème qu’un verset qui résiste. Celui-là, je le saute, et je le sais. Ici, je ne saute rien : je m’arrête au bon endroit, au point exact où le texte cesse de m’être agréable. C’est plus difficile à voir, parce que ça ressemble à de la piété.

Je n’ai pas changé ma liste. Je ne vais pas prétendre que je vais me mettre à réciter des versets qui me coûtent, ce serait un mensonge de carnet. J’ai seulement décidé une chose : quand l’un d’eux me revient, je lis la ligne d’après. Une seule. C’est étonnamment peu et ça suffit à ce que la phrase ne soit plus tout à fait à mon service.

Dans Manne, le verset arrive avec son voisin — je ne choisis pas où la citation s’arrête.