Psaume 4 verset par verset : parler, puis se taire

Lire le psaume 4 verset par verset : le psaume des complies, l'ordre du verset 5 où le silence vient après la parole, et le sommeil du dernier verset.

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Le psaume 4 est un texte dont presque tout le monde connaît la dernière ligne sans savoir d’où elle vient. « Je me couche et je m’endors en paix » : on l’a entendue en fin de journée, on l’a peut-être dite. Ce qu’on ignore, c’est qu’elle est une conclusion, et que le psaume passe huit versets à préparer le droit de la dire.

Neuf versets, et un sujet qui n’est pas le sommeil mais ce qui doit se passer avant. Le psaume 4 range la soirée dans un ordre, et cet ordre est contre-intuitif.

Le titre, puis trois demandes

Au chef des chantres. Avec instruments à cordes. Psaume de David.

Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice. Quand je suis dans la détresse, sauve-moi. Aie pitié de moi, écoute ma prière.

Psaume 4.1-2 (Segond 1910)

La première ligne est une note de service : le texte est confié à un chef de chœur, avec des instruments. Ce n’est pas une improvisation de nuit, c’est une pièce écrite pour être redite par d’autres.

Puis trois impératifs coup sur coup : réponds, sauve, aie pitié. Et une adresse curieuse, « Dieu de ma justice », qui ne dit pas « Dieu juste » mais celui qui tient mon dossier. Le psalmiste ne demande pas un sentiment, il demande une audience.

Le moment où le psaume change d’interlocuteur

Fils des hommes, jusques à quand ma gloire sera-t-elle outragée ? Jusques à quand aimerez-vous la vanité, Chercherez-vous le mensonge ?

Sachez que l’Éternel s’est choisi un homme pieux ; L’Éternel entend, quand je crie à lui.

Psaume 4.3-4 (Segond 1910)

Voilà ce qu’on ne remarque presque jamais, et c’est la clé du reste. Au troisième verset, le psaume cesse de parler à Dieu : le tutoiement s’interrompt, un « vous » apparaît qui ne le désigne plus, et le psalmiste se retourne vers ceux qui lui font du tort, en pleine prière. Il a posé sa demande d’abord ; il se sert maintenant de la place que la prière lui donne pour dire aux autres ce qu’il ne peut pas leur dire en face.

Le verset qu’on cite sans son adresse

Tremblez, et ne péchez point ; Parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous.

Psaume 4.5 (Segond 1910)

Ce verset est cité partout comme un conseil de dévotion. Il ne l’est pas : il est encore dans l’adresse ouverte au verset 3, et c’est aux adversaires que le psalmiste dit cela. Il les renvoie chez eux avec un devoir pour la nuit, ce qui rend la consigne plus solide et non moins : elle fonctionne sur quelqu’un qui ne prie pas.

Elle tient en trois temps, dans cet ordre exactement. D’abord un arrêt : tremblez, cessez de vous agiter, il y a plus grand que cette affaire. Ensuite la parole : parlez en vos cœurs, sur votre couche, donc au-dedans, le soir, seul, là où l’on n’a plus personne à convaincre. Et le silence en troisième position seulement.

Un détail d’édition va dans le même sens. Juste après « puis taisez-vous », Segond imprime une indication que les citations de cette page ne reproduisent pas, la même qu’après le verset 3 : Pause. Une notation d’exécution, un silence écrit sur la partition. Le psaume ne demande pas seulement de se taire, il ménage l’endroit où le faire.

C’est là tout le renversement. Le psaume ne demande pas de se calmer puis de parler, il demande de parler d’abord, en entier, et de se taire après. Le silence n’est pas la condition de la prière du soir, il en est le résultat, et ce n’est pas le même silence selon qu’il précède ou qu’il suit. Celui d’avant est une fermeture. Celui d’après ne contient plus rien qui gonfle.

« Ne péchez point » est d’ailleurs mot pour mot ce que Paul écrira aux Éphésiens, en y ajoutant une échéance : « que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Éphésiens 4.26). C’est ce délai que travaille la prière contre la colère.

Une objection reprise telle quelle

Offrez des sacrifices de justice, Et confiez-vous à l’Éternel.

Plusieurs disent : Qui nous fera voir le bonheur ? Fais lever sur nous la lumière de ta face, ô Éternel.

Psaume 4.6-7 (Segond 1910)

Le psaume fait entrer une phrase qui n’est pas de lui. « Qui nous fera voir le bonheur ? » est la question du découragement ordinaire, celle qu’on entend le soir dans une cuisine, et le psalmiste la cite au lieu de la réfuter. Sa réponse n’est pas un argument mais une demande, et elle est au pluriel : fais lever sur nous. Il vient de reprocher à ces gens leur vanité, et il demande la lumière pour eux avec lui.

La joie et la récolte

Tu mets dans mon cœur plus de joie qu’ils n’en ont Quand abondent leur froment et leur moût.

Psaume 4.8 (Segond 1910)

La comparaison est honnête, ce qui est rare. Elle ne dit pas qu’ils ont tort de se réjouir d’une bonne récolte : le blé rentré et le vin nouveau sont de vraies joies, et le psaume les laisse être des joies. Il dit qu’autre chose pèse davantage. Et remarque l’endroit : la joie est mise « dans mon cœur », là même où le verset 5 envoyait parler. On dit tout et on reçoit dans la même pièce.

Le dernier verset

Je me couche et je m’endors en paix, Car toi seul, ô Éternel, tu me donnes la sécurité dans ma demeure.

Psaume 4.9 (Segond 1910)

Le psaume avait commencé par un cri, il finit par un sommeil, et rien entre les deux ne dit que l’affaire est réglée. La question du verset 3 reste sans réponse ; les adversaires sont toujours là. Ce que ce verset ajoute, c’est un « car » : une raison, pas un état.

C’est la ligne sur laquelle s’appuie la prière du soir. Ce qu’il faut ajouter ici, c’est sa place : quatrième terme d’une série. On a crié, on a parlé, on s’est tu, on dort.

Le psaume voisin fait le mouvement inverse : « Je me couche, et je m’endors ; Je me réveille, car l’Éternel est mon soutien » (Psaume 3.6). L’un s’achève en s’endormant, l’autre en se réveillant. Ensemble ils font une journée, et le sommeil est au milieu.

Prier le psaume 4 ce soir

Prends-le dans son ordre, c’est tout ce qu’il demande.

Commence par le cri, même court, sans le rendre présentable : trois impératifs suffisent au psalmiste. Puis parle, au-dedans, sur ton lit. Le psaume autorise ce lieu, ce qui règle une gêne courante : on n’a pas à se lever pour que cela compte. Dis la chose entière, dans les termes injustes du soir. Si ce qui vient est « Qui nous fera voir le bonheur ? », dis-le aussi : le psaume l’a mis dedans avant toi.

Puis tais-toi, mais pas avant. Garde le dernier verset pour la fin, une seule ligne, comme une signature : il n’affirme pas que tout va bien, il dit à qui tu laisses la garde. C’est ce que le psaume 91 appelle l’abri, et ce que la prière pour la nuit fait de la journée qui n’est pas finie.

Un mot enfin pour ceux qui ne dorment pas et à qui ce verset fait mal. « […] Il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil » (Psaume 127.2) : le sommeil n’est pas une performance spirituelle, et son absence n’est pas un échec de prière.

Questions fréquentes

Que dit le psaume 4 ?

Neuf versets, et un mouvement du soir. Quelqu'un crie vers Dieu (v.2), se tourne vers ceux qui lui font du tort et leur donne une consigne pour la nuit (v.3-5), reprend la plainte des autres (« Qui nous fera voir le bonheur ? », v.7), constate une joie qui ne dépend pas de la récolte (v.8), et se couche (v.9). Ce n'est pas un psaume de paix acquise : c'est un psaume qui met les choses dans un ordre.

Quand prie-t-on le psaume 4 ?

Le soir. Dans la liturgie des Heures, c'est l'un des psaumes des complies, l'office dit juste avant la nuit, au samedi soir et à la veille des solennités. Le texte lui-même le demande : il nomme la couche au verset 5 et s'achève sur le sommeil au verset 9.

Que veut dire « parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous » ?

Que le silence est le second temps, pas le premier. Le verset (Psaume 4.5, Segond 1910) donne un ordre d'opérations : dire la chose entière au-dedans, puis se taire. Il ne demande pas de se calmer avant de parler, il demande de parler avant de se taire. Et il nomme le lieu : la couche, donc le soir, donc seul.

Pourquoi Éphésiens 4.26 ressemble-t-il au psaume 4 ?

Parce que les deux versets partagent trois mots. « Ne péchez point » est mot pour mot identique dans Psaume 4.5 et dans Éphésiens 4.26 (Segond 1910), où Paul ajoute l'échéance du coucher du soleil. Le premier verbe, en revanche, n'est pas le même : le psaume dit « Tremblez », l'épître « Si vous vous mettez en colère ».