Psaume 46 verset par verset : le refrain qui revient
Lire le psaume 46 verset par verset : la tempête, le fleuve, le célèbre « Arrêtez », et une même phrase dite deux fois sans un mot de changé.
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Le psaume 46 est connu par une phrase et par un chant. La phrase, c’est « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu », qu’on lit sur des cartes et des murs de chapelle. Le chant, c’est celui de Luther, « Ein feste Burg ist unser Gott », paru au plus tard en 1529 et chanté en français sous le titre « C’est un rempart que notre Dieu » : une paraphrase très libre du psaume, qui en garde la forteresse.
Mais ni l’un ni l’autre ne dit comment le psaume est bâti. Il ne monte pas d’une idée à l’autre. Il revient. Une même phrase y est dite deux fois, sans un mot de changé, et c’est elle qui tient le reste.
Le titre et la première tempête
Au chef des chantres. Des fils de Koré. Sur alamoth. Cantique.
Dieu est pour nous un refuge et un appui, Un secours qui ne manque jamais dans la détresse.
Psaume 46.1-2 (Segond 1910)
Le psaume commence par sa conclusion. Il n’y a pas de cri d’abord, pas de plainte qui se retournerait peu à peu en confiance : la confiance est posée d’entrée, au pluriel. « Pour nous. » Ce n’est pas la prière de quelqu’un seul dans sa chambre, c’est celle d’un peuple, écrite pour des chantres.
C’est pourquoi nous sommes sans crainte quand la terre est bouleversée, Et que les montagnes chancellent au cœur des mers,
Quand les flots de la mer mugissent, écument, Se soulèvent jusqu’à faire trembler les montagnes.
Psaume 46.3-4 (Segond 1910)
Remarque l’ordre. Le psaume ne dit pas : la terre tremble, donc nous avons peur, donc nous prions. Il dit : nous sommes sans crainte quand elle tremble. La tempête n’est pas niée, elle est décrite avec soin, les flots qui mugissent et écument. Elle est seulement placée sous une phrase déjà dite.
Et après elle, rien. Segond imprime à la fin du verset 4 une rubrique, Pause, la consigne d’arrêt dont parle la page sur Selah. Mais pas de refrain. La première tempête s’achève sur un silence nu.
Le fleuve, puis le refrain
Il est un fleuve dont les courants réjouissent la cité de Dieu, Le sanctuaire des demeures du Très-Haut.
Dieu est au milieu d’elle : elle n’est point ébranlée. Dieu la secourt dès l’aube du matin.
Des nations s’agitent, des royaumes s’ébranlent. Il fait entendre sa voix : la terre se fond d’épouvante.
Psaume 46.5-7 (Segond 1910)
Après la mer qui monte, l’eau qui réjouit. Le psaume oppose deux eaux, celle qui fait chanceler les montagnes et celle qui traverse une ville sans rien emporter. Le même verbe circule d’un camp à l’autre : la ville n’est « point ébranlée », les royaumes « s’ébranlent ». Et le secours arrive à une heure précise, l’aube, l’heure où une nuit finit, quelle qu’elle ait été.
Puis vient la phrase.
L’Éternel des armées est avec nous, Le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite.
Psaume 46.8 (Segond 1910)
Deux noms de Dieu, et deux prépositions : avec nous, pour nous. Le premier nom est celui des grandes forces, le second est celui d’un homme qui a beaucoup erré. La haute retraite, c’est le lieu en hauteur où l’on se met à l’abri, celui que le psaume 91 appelle l’ombre du Tout-Puissant.
Venez voir, puis cessez
Venez, contemplez les œuvres de l’Éternel, Les ravages qu’il a opérés sur la terre.
C’est lui qui a fait cesser les combats jusqu’au bout de la terre ; Il a brisé l’arc, et il a rompu la lance, Il a consumé par le feu les chars de guerre.
Psaume 46.9-10 (Segond 1910)
Le mot « ravages » trompe à la première lecture. Ce qui est ravagé, ce sont les armes. Le tableau final n’est pas une victoire, c’est un désarmement : l’arc, la lance, les chars, tout ce qui servait à combattre est cassé et brûlé.
Arrêtez, et sachez que je suis Dieu : Je domine sur les nations, je domine sur la terre.
Psaume 46.11 (Segond 1910)
C’est la seule phrase du psaume où Dieu parle lui-même, et elle vient juste après le bris des armes. Dans son contexte, « Arrêtez » s’adresse d’abord à ceux qui se battent. Ce n’est pas une invitation à la méditation, c’est un ordre de cessez-le-feu.
On l’a pourtant entendue autrement, et pas à tort. Abba Arsène, qui avait quitté la cour impériale pour le désert, a reçu cette consigne que les Apophtegmes ont gardée : « Arsène, fuis, tais-toi, tiens-toi tranquille : ce sont là les racines de l’innocence » (Apophtegmes des Pères, Arsène 2). Les combats qu’on mène au-dedans sont aussi des combats. Mais le psaume rappelle que l’arrêt n’est pas d’abord un état d’âme. C’est quelque chose qu’on cesse de faire.
La même phrase, sans un mot de changé
L’Éternel des armées est avec nous, Le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite.
Psaume 46.12 (Segond 1910)
Mot pour mot le verset 8, suivi de la même rubrique. Le psaume 46 n’est pas le seul à faire cela : les psaumes 42, 57 et 67 répètent eux aussi un verset entier à l’identique, et le psaume 107 en a deux. Le refrain n’est pas une rareté. Ce qui frappe ici, c’est ce qu’il ne fait pas.
Il n’apprend rien. Entre les deux occurrences, Dieu a parlé, les armes sont brisées, et la phrase n’en tire aucune conclusion nouvelle. Elle ne dit pas « nous avions raison » ni « maintenant nous savons ». Elle dit exactement ce qu’elle disait. Ce qui a changé, c’est ce qu’il y a derrière elle.
Une phrase qu’on redit sans l’avoir mieux comprise n’est pas une phrase usée. C’est une phrase qui sert d’appui, comme une rampe : on ne la redécouvre pas à chaque marche, on s’y tient. Et le psaume ne l’impose même pas tout de suite. Après la première tempête, il laisse la pause seule. Le refrain ne vient qu’une fois le fleuve aperçu.
Prier le psaume 46
Garde une seule phrase, le refrain, et dis-la deux fois.
La première fois, après avoir nommé ce qui tremble chez toi, en quelques mots, sans l’adoucir : le psaume décrit sa tempête en entier avant de répondre. Si le refrain ne vient pas encore, laisse le silence, comme au verset 4. La seconde fois, après t’être demandé ce que tu dois cesser, toi, plutôt que ce que tu dois ressentir. Puis répète la phrase, la même, sans chercher à la dire mieux.
Si l’arrêt te pèse plus que la tempête, le psaume 4 donne l’ordre inverse, la parole d’abord et le silence ensuite. Les deux psaumes ne se contredisent pas. L’un apprend à se taire, l’autre à revenir.
Questions fréquentes
Que dit le psaume 46 ?
Douze versets en trois tableaux. D'abord la terre bouleversée et la mer qui monte (v.2-4), puis une ville traversée par un fleuve et que rien n'ébranle (v.5-7), enfin la guerre qui cesse et les armes brisées (v.9-11). Entre les deux derniers tableaux, et à la toute fin, la même phrase revient : « L'Éternel des armées est avec nous, Le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite. »
Que veut dire « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu » ?
C'est la seule phrase du psaume où Dieu parle lui-même (Psaume 46.11, Segond 1910). Elle vient juste après le verset qui brise l'arc et la lance : dans son contexte, l'ordre s'adresse d'abord à ceux qui se battent. On l'a ensuite entendu comme un appel au silence intérieur, et cette lecture n'est pas fausse, mais le premier sens est plus rude : cessez.
Quel est le refrain du psaume 46 ?
« L'Éternel des armées est avec nous, Le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite », aux versets 8 et 12 de Segond, mot pour mot identiques et suivis tous deux de la rubrique « Pause ». La World English Bible, qui ne compte pas le titre comme un verset, les place en 46:7 et 46:11.
Quel lien entre le psaume 46 et Luther ?
Le choral de Martin Luther « Ein feste Burg ist unser Gott », paru au plus tard en 1529 et chanté en français sous le titre « C'est un rempart que notre Dieu », est une paraphrase très libre du psaume 46. Il en garde l'image de la forteresse, pas le refrain.