Comment prier le chapelet quand on ne l'a jamais appris

Comment prier le chapelet : ce qu'on tient dans la main, l'ordre des prières, les quatre séries de mystères, et quoi faire quand on perd le compte.

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On l’a vu dans une main, dans une poche, au fond d’un tiroir après un enterrement. Personne n’a jamais expliqué comment on s’en sert, et il paraît trop tard pour demander.

La difficulté n’est pourtant pas là où on la croit. Tu connais déjà tout le texte. Il n’y a pas de mots à apprendre, pas de formule cachée. Ce qui s’apprend, ce sont deux choses : ce que fait l’objet, et ce que tu regardes pendant ce temps.

Ce que tu tiens dans la main

Une boucle. Sur cette boucle, cinq groupes de dix grains, et entre chaque groupe un grain seul, un peu détaché. De la boucle pend une courte chaîne terminée par une croix.

C’est tout, et c’est un compteur. L’objet ne dit rien, ne signifie rien par lui-même : il compte. Toute l’invention tient là. Le nombre sort de ta tête et passe dans ta main, et ta tête n’a plus à s’en occuper.

Retiens cette phrase, parce que le reste en découle : le chapelet ne se retient pas, il se compte.

Les mots, tu les as déjà

Sur le grain seul, un Notre Père. Sur chacun des dix grains suivants, un Je vous salue Marie. À la fin des dix, l’usage ajoute un Gloire au Père. Ces onze prières et cette conclusion forment une dizaine. Tu recommences, cinq fois.

Voilà. Il n’y a rien d’autre à savoir pour commencer, et les deux textes ont chacun leur page ici : ce qu’ils disent, d’où viennent leurs mots, ce qu’ils demandent. Cette page-ci ne les rejoue pas. Elle s’occupe de ce qui se passe quand on les redit cinquante fois.

« Ne multipliez pas de vaines paroles »

Autant prendre l’objection tout de suite, parce que c’est la première qui vient et qu’elle vient de l’Évangile.

En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.

Matthieu 6.7 (Segond 1910)

Lis la fin de la phrase : elle est le mode d’emploi de son début. Ce qui est reproché est nommé, croire que la quantité obtiendra la réponse. Le défaut n’est pas la reprise, c’est le calcul. Et le verset suivant achève de fermer la porte à ce calcul.

Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

Matthieu 6.8 (Segond 1910)

Puis, immédiatement après, sans transition : « Voici donc comment vous devez prier » (Matthieu 6.9), et suit un texte, celui-là même qu’on redira pendant deux mille ans, y compris sur le grain seul du chapelet.

On peut donc en tirer une règle simple, et elle change la façon de tenir l’objet. Le compte n’est pas adressé à Dieu, qui n’en a pas l’usage puisqu’il sait déjà. Il t’est adressé, à toi. Il ne renseigne personne, il occupe quelqu’un.

Ce qu’il reste à faire, une fois les mains occupées

Si les mots sont connus et le compte délégué, l’attention est libre. Et une attention libre ne reste pas vide très longtemps : il faut lui donner à regarder. L’Évangile nomme ce geste, et il le nomme à propos de la personne à qui l’on parle cinquante fois de suite.

Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.

Luc 2.19 (Segond 1910)

Deux verbes, et aucun des deux ne consiste à parler. Garder, repasser. Ce n’est pas de l’éloquence, c’est du retour : reprendre une scène, plusieurs fois, sans en attendre une conclusion. Luc trouve la chose assez importante pour la redire à la fin du même chapitre, quand tout le monde rentre à Nazareth : « Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur » (Luc 2.51).

Les mystères sont exactement cela : cinq scènes par série, une par dizaine, que tu regardes pendant que les mots avancent. Quatre séries en tout, qui suivent une vie. Les mystères joyeux vont de l’annonce faite à Marie à l’enfance. Les mystères lumineux couvrent la vie publique, du baptême au Jourdain à l’institution de l’Eucharistie. Les mystères douloureux vont de l’agonie à la croix. Les mystères glorieux commencent après.

Une répartition sur la semaine existe. La lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae (Jean-Paul II, 16 octobre 2002), celle qui a proposé d’ajouter les mystères lumineux, rappelle l’usage reçu (les joyeux le lundi et le jeudi, les douloureux le mardi et le vendredi, les glorieux le mercredi, le samedi et le dimanche) et laisse le jeudi libre pour les nouveaux. Tu n’as aucun besoin de ce calendrier pour commencer. Prends la série qui correspond à l’endroit où tu es.

Quand tu perds le compte

Tu vas le perdre. Pas par distraction coupable, mais parce que l’objet fait son travail et que la tête, du coup, est partie ailleurs. C’est le fonctionnement normal, pas la panne.

Deux issues, toutes les deux honnêtes. Reprendre à peu près là où ta main se trouve, sans chercher à retrouver le chiffre exact, puisque le chiffre n’intéresse personne. Ou s’arrêter là, sur le grain où tu es, et rester avec ce qui vient de monter.

Car il faut le dire : ce qui remplit l’attention libérée n’est pas toujours la scène qu’on regardait. Ce sont souvent des visages, des phrases à dire à quelqu’un, une affaire non réglée. Ne te bats pas contre eux tout de suite. Regarde plutôt qui vient, parce que ce défilé-là est renseigné : il te dit pour qui tu es en train de prier sans l’avoir décidé.

Commencer par une dizaine

Ce soir, une seule dizaine. Un Notre Père, dix Je vous salue Marie, et une scène à regarder pendant ce temps. Deux ou trois minutes.

Ce n’est pas une version au rabais. Une dizaine dite lentement fait ce que le chapelet entier ne fait plus quand il est expédié, et elle a l’avantage d’être finie. Le mot chapelet désigne d’ailleurs cette série de cinq dizaines ; le mot rosaire désigne l’ensemble des séries, priées à la suite. On commence toujours par une fraction du premier.

Si les mots ne viennent pas du tout ce soir, ce n’est pas le bon exercice, et la page comment prier quand on ne sait pas quoi dire est un meilleur point de départ. Et si c’est la destinataire qui te retient plutôt que le compte, la question est traitée à part, sur pourquoi prier Marie.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le chapelet et le rosaire ?

Une question de longueur. Dans l'usage français, le chapelet désigne une série de cinq dizaines, soit cinquante Je vous salue Marie et une quinzaine de minutes. Le rosaire désigne l'ensemble des séries de mystères, priées les unes après les autres. Le même objet sert aux deux : on en refait le tour.

Faut-il un chapelet pour prier le chapelet ?

Non, mais il aide, parce que tout son rôle est de compter à ta place. À défaut, les dix doigts font une dizaine et se referment un par un. Ce qui compte est de ne pas tenir le compte dans la tête : c'est exactement la place qu'on essaie de libérer.

Combien de temps prend un chapelet ?

Une quinzaine de minutes pour les cinq dizaines, deux ou trois minutes pour une seule. Une dizaine dite lentement vaut mieux que cinq dizaines expédiées, et personne ne demande les cinq d'un coup pour commencer.

La répétition n'est-elle pas ce que l'Évangile reproche ?

Le reproche de Matthieu 6.7 est précisé dans la même phrase : ceux qui « s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés ». Ce qui est visé est le calcul, l'idée que la quantité obtiendrait la réponse. Le verset suivant l'achève : ton Père sait de quoi tu as besoin avant que tu le lui demandes. Et juste après, Jésus donne un texte à redire.