Je vous salue Marie, mot à mot : d'où viennent ces mots

Le Je vous salue Marie mot à mot : les trois versets de Luc que la prière cite, le nom qui la coupe en deux, et la seule demande qu'elle contient.

Publié le

Presque personne ne l’a apprise. On l’a entendue, et elle est restée. Le Je vous salue Marie fait partie de ces textes qu’on récite sans avoir eu à s’y appliquer, et c’est peut-être pour cela qu’on ne le lit jamais.

Le lire mot à mot réserve une surprise. La prière n’a presque pas été composée : sa première moitié est citée, mot pour mot, dans un seul chapitre d’Évangile. Il y a donc un endroit exact où l’emprunt s’arrête et où nous prenons la parole. Cet endroit est un nom.

Le texte, d’abord.

Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

Trois versets, et non deux

On dit d’ordinaire que la prière assemble deux salutations, celle de l’ange et celle d’Élisabeth. C’est vrai, et c’est un verset trop court.

L’ange, d’abord :

L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi.

Luc 1.28 (Segond 1910)

Puis Élisabeth, quand Marie arrive chez elle au terme du voyage :

Elle s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.

Luc 1.42 (Segond 1910)

Et la phrase suivante, que personne ne compte avec les deux autres :

Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?

Luc 1.43 (Segond 1910)

« La mère de mon Seigneur. » Voilà d’où vient le titre par lequel s’ouvre la seconde moitié de la prière. Le concile d’Éphèse, en 431, l’a confessé dans sa forme brève, « Mère de Dieu » ; Élisabeth l’avait dit à sa façon, sur le pas d’une porte, à une cousine qui venait d’arriver. La prière ne s’arrête donc pas à la salutation : elle lit un verset de plus que ce qu’on lui prête.

« Pleine de grâce »

Les trois mots les plus connus du texte sont une traduction, et le même passage se rend autrement. Segond 1910 met la salutation au passif : « toi à qui une grâce a été faite ». Deux versets plus loin, l’ange le redit en clair, « car tu as trouvé grâce devant Dieu » (Luc 1.30).

Ce n’est pas une nuance de traducteur. « Pleine de grâce » peut s’entendre comme une qualité, quelque chose qu’elle posséderait en propre. Le passif ne laisse pas cette place : quelque chose lui a été fait. C’est la grammaire de tout le chapitre, où le sujet des verbes est Dieu, et c’est ce que la question de prier Marie demande de tenir bout à bout.

La première chose qu’elle fait de ces mots

Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.

Luc 1.29 (Segond 1910)

Voilà ce que la récitation efface. Nous disons cette salutation par cœur, à toute vitesse, cinquante fois d’affilée les jours de chapelet. La personne qui l’a entendue la première ne l’a pas comprise. Elle a cherché ce qu’une telle phrase pouvait vouloir dire, et le texte prend le temps de le noter.

Rien n’oblige donc à faire mieux qu’elle. S’arrêter sur une phrase dont on ne tient pas le fond, c’est exactement ce qui s’est passé la première fois qu’elle a été dite.

Le nom, au milieu

Reviens sur la phrase d’Élisabeth : « le fruit de ton sein est béni ». Elle ne dit pas de qui il s’agit. Le nom, c’est l’ange qui l’avait donné, plus tôt et ailleurs :

Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.

Luc 1.31 (Segond 1910)

La prière fait alors ce que ni l’ange ni Élisabeth n’ont fait : elle glisse le nom dans la phrase de la seconde. « Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. » Un mot ajouté, au centre exact du texte, et il tient les deux moitiés ensemble.

C’est la charnière. Avant elle, rien n’est de nous : deux salutations reçues, un titre emprunté à une troisième ligne. Après elle, tout est de nous.

La seule demande

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

La seconde moitié est beaucoup plus tardive, et cela s’entend au changement de régime : on cesse de constater, on demande. Il n’y a qu’une demande dans toute la prière, et elle arrive en dernier. Tout ce qui précède est une adresse.

Le mot « nous » n’apparaît qu’ici, et il n’apparaît qu’une fois. Nous n’entrons dans cette prière qu’au moment de demander, et nous y entrons au pluriel, comme dans les sept demandes du Notre Père. Ce que cette demande veut dire au fond, pourquoi l’adresser à elle plutôt qu’à Dieu directement, est une autre question, traitée sur la page pourquoi prier Marie. Ce qui se voit ici est plus modeste : nous nous nommons « pauvres pécheurs » avant de nommer notre besoin, et nous ne nommons jamais ce besoin.

« Maintenant et à l’heure de notre mort »

Deux moments, et rien entre les deux. La prière ne dit pas « chaque jour », ne dit pas « toute notre vie ». Elle dit maintenant, et la dernière fois.

Le premier est le plus étrange, parce qu’il est toujours vrai. Chaque fois que la phrase est dite, « maintenant » désigne l’heure où elle est dite : la cuisine, la voiture, la salle d’attente, le lit. Le second est le seul rendez-vous dont personne ne connaît la date et dont tout le monde est sûr, et la prière le pose sans en faire un drame, à la suite, dans la même phrase que le reste.

Dire le Je vous salue Marie aujourd’hui

Dis-la une fois, lentement, et fais deux arrêts.

Le premier au nom, au milieu. C’est là que les mots reçus s’arrêtent et que les nôtres commencent : tu peux sentir la couture en passant dessus.

Le second sur « maintenant ». Regarde où tu es, puisque c’est ce que le mot désigne, et laisse la demande couvrir cette heure-là plutôt qu’une vie en général.

Si les mots ne viennent pas du tout, ce n’est pas grave et ce n’est pas nouveau : Marie non plus n’a pas compris les premiers. La page comment prier quand on ne sait pas quoi dire tient en cinq minutes.

Questions fréquentes

D'où vient le Je vous salue Marie ?

Sa première moitié est citée de l'Évangile de Luc, chapitre 1 : la salutation de l'ange (v.28) et celle d'Élisabeth (v.42), à quoi s'ajoute le titre que donne le verset suivant, « la mère de mon Seigneur » (v.43). La seconde moitié, la demande, est beaucoup plus tardive : elle a été ajoutée par ceux qui priaient.

Que veut dire « pleine de grâce » ?

Que la grâce a été reçue, pas acquise. Les trois mots sont une traduction, et Segond 1910 rend la même salutation par un passif, « toi à qui une grâce a été faite ». Deux versets plus loin, l'ange le redit en clair : « tu as trouvé grâce devant Dieu » (Luc 1.30, Segond 1910). Le sujet du verbe n'est jamais Marie.

Pourquoi dit-on « Mère de Dieu » ?

Parce que c'est déjà, presque mot pour mot, ce que dit Élisabeth : « Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? » (Luc 1.43, Segond 1910). Le concile d'Éphèse, en 431, a confessé le titre dans sa forme brève. La prière, elle, l'a simplement gardé de l'Évangile.

Que demande le Je vous salue Marie ?

Une seule chose, et elle arrive en dernier : « priez pour nous ». Tout ce qui précède est une adresse (on salue, on constate, on bénit). Le mot « nous » n'apparaît qu'avec la demande, et la prière ne nomme que deux moments pour elle : maintenant, et l'heure de notre mort.