Pourquoi prier Marie : ce que cette prière demande

Prier Marie, est-ce prier quelqu'un d'autre que Dieu ? Ce que le Je vous salue Marie dit vraiment, d'où viennent ses mots, et ce qu'on lui demande.

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La question se pose des deux côtés. Chez ceux qui récitent le Je vous salue Marie depuis l’enfance sans avoir jamais regardé ce qu’ils y demandent. Et chez ceux qui observent la scène de l’extérieur et se demandent, poliment ou non, pourquoi on adresserait une prière à quelqu’un d’autre que Dieu.

La réponse la plus courte se trouve dans la prière elle-même. Elle ne demande pas ce qu’on croit qu’elle demande.

Ce que la prière dit d’elle-même

Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

Le verbe décisif arrive à la fin : priez pour nous. Rien n’est demandé là qu’on ne demande à un ami la veille d’une opération, à sa mère avant un examen, à quelqu’un de confiance un jour où l’on n’a plus la force de prier soi-même. La prière ne demande pas à Marie de sauver, de pardonner ni de guérir. Elle lui demande de prier, ce qui suppose que quelqu’un d’autre écoute.

C’est la distinction que la tradition catholique tient depuis toujours : l’adoration ne va qu’à Dieu, la demande d’intercession peut aller à quiconque prie. On ne prie donc pas Marie comme on prie Dieu. On lui demande de se tourner, avec nous, vers le même.

D’où viennent ces mots

La première moitié de la prière n’a pas été composée. Elle est citée. C’est la salutation de l’ange :

Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi.

Luc 1.28 (Segond 1910)

Puis celle d’Élisabeth, quand Marie arrive chez elle :

Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.

Luc 1.42 (Segond 1910)

Deux salutations, l’une d’un messager, l’autre d’une cousine enceinte, reprises presque telles quelles. La seconde moitié, plus tardive, ajoute la seule chose que les deux premières ne contenaient pas : la demande. Ceux qui priaient ont emprunté les mots de l’Écriture, et ils ont mis leur besoin à la suite.

L’objection, prise de front

Un verset revient toujours contre cette prière, et il mérite mieux qu’un contournement :

Il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme.

1 Timothée 2.5 (Segond 1910)

La phrase est nette, et aucune prière chrétienne ne peut passer à côté. Mais elle se lit dans son voisinage immédiat. Quatre versets plus haut, la même lettre écrit ceci :

J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes.

1 Timothée 2.1 (Segond 1910)

L’auteur qui affirme le médiateur unique commence par demander qu’on prie les uns pour les autres. Les deux tiennent ensemble sans se gêner : personne ne remplace le Christ, et tout le monde peut prier pour tout le monde. Demander à quelqu’un de prier pour toi n’ajoute pas un intermédiaire entre Dieu et toi. Cela t’ajoute quelqu’un, à toi.

Ce qu’elle dit en dernier

Il y a une chose que l’on remarque rarement en lisant les Évangiles. Les dernières paroles de Marie que les textes rapportent sont dites à des serviteurs, pendant une noce, à propos du vin qui manque :

Faites ce qu’il vous dira.

Jean 2.5 (Segond 1910)

C’est une phrase d’aiguilleur. Elle ne dit pas venez à moi, elle ne dit pas je m’en occupe. Aucune parole d’elle, dans les Évangiles, ne la met au centre, et la dernière qu’on lui connaisse désigne quelqu’un d’autre. Une prière qui s’adresse à elle et s’arrête à elle n’irait pas là où elle-même envoie.

Alors pourquoi l’honorer

Parce qu’elle l’annonce, et sans se l’attribuer :

Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse.

Luc 1.48 (Segond 1910)

Regarde l’ordre de la phrase. Le sujet du premier verbe est Dieu, pas elle. Ce qui est célébré n’est pas une performance, c’est un regard posé sur quelqu’un de petit. L’honneur rendu à Marie tient tout entier dans ce déplacement : on ne la loue pas d’avoir été forte, on constate ce qui lui a été fait. C’est aussi ce qu’on fête un 15 août.

Une prière pour aujourd’hui

Si les mots reçus ne viennent pas, en voici d’autres, écrits pour cette page.

Seigneur, il y a des jours où je n’ai rien à Te dire de moi-même. Donne-moi d’accepter qu’on prie pour moi, et de prier à mon tour pour ceux qui ne le demanderont jamais. Marie n’a dit qu’une phrase aux serviteurs, et c’était de T’écouter Toi. Fais que je m’arrête là où elle s’arrête.

Une piste concrète

Dis le Je vous salue Marie une seule fois, lentement, et arrête-toi sur les trois mots de la fin. Si tu veux savoir d’où viennent les autres, la prière se lit mot à mot, et si c’est le compte qui t’intrigue, comment prier le chapelet décrit l’objet et l’ordre des prières. Puis fais la même chose vers quelqu’un de vivant : demande à une personne de prier pour toi cette semaine, et prends un nom pour toi. C’est le geste de confier quelqu’un qu’on aime, pris par son autre bout. Si tu ne sais pas comment commencer, la page comment prier quand on ne sait pas quoi dire tient en cinq minutes, et ce que veut dire bénir explique pourquoi dire du bien de quelqu’un devant Dieu n’a jamais demandé d’être doué.

Questions fréquentes

Prier Marie, est-ce l'adorer ?

Non, et la prière le dit elle-même. Le Je vous salue Marie se termine par « priez pour nous » : il lui demande de prier, ce qui suppose que quelqu'un d'autre écoute. L'adoration ne va qu'à Dieu ; ce qui est demandé ici est ce qu'on demande à un ami avant une épreuve.

Faut-il prier Marie pour être chrétien ?

Non. Beaucoup de chrétiens ne le font pas, et rien dans la foi ne se joue à cette prière. Elle est une manière reçue de demander une intercession, pas une condition. Si les mots ne viennent pas, ils ne sont pas obligatoires.

Que fête-t-on le 15 août ?

L'Assomption : la foi que Marie a été accueillie tout entière, corps et âme, auprès de Dieu au terme de sa vie. La fête ne dit rien de ce qu'elle aurait accompli par elle-même, elle dit ce qui lui a été fait. C'est le même mouvement que son cantique, où le sujet des verbes est Dieu.

Combien de fois faut-il dire le Je vous salue Marie ?

Aucun compte n'est requis. Le chapelet en enchaîne beaucoup, et cette répétition a son usage : elle occupe la tête pour laisser le cœur ailleurs. Mais une seule fois, dite lentement, en s'arrêtant sur la demande finale, fait exactement la même chose.