Prière dans l'attente d'une réponse : les jours d'entre-deux
Un résultat, une décision, une nouvelle qui tarde. Daniel attend trois semaines une réponse entendue dès le premier jour : une prière pour l'entre-deux.
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Il y a des attentes dont on ne voit pas la fin. Celle-ci n’en est pas une. Un résultat d’examen arrivera jeudi ou lundi. Une commission se réunit à une date connue. Quelqu’un a promis de rappeler. La réponse existe déjà quelque part, ou va exister, et tu sais à peu près quand. Simplement, elle ne t’appartient pas.
C’est une attente particulière, et elle a sa propre fatigue. Elle ne demande pas de tenir longtemps, comme celle dont parle la prière pour la patience. Elle demande de traverser quelques jours sans les laisser se vider.
Ce que l’attente fait des jours
Tant que la réponse n’est pas là, tout se met entre parenthèses. On ne prévoit rien après jeudi. On répond aux gens d’une moitié d’attention. On dort mal, non parce qu’on a peur de la nuit, mais parce que le matin rapproche de la nouvelle. Les jours d’entre-deux deviennent une salle d’attente : on y est, mais on n’y vit pas.
Et la prière prend souvent la même forme. On redit la demande, le matin, le soir, avec les mêmes mots, un peu comme on relance un dossier. Un texte du carnet de Manne a décrit ce geste de l’intérieur, la boîte qu’on rafraîchit vingt fois par jour, et la prière qui finit par lui ressembler.
Cette page voudrait proposer autre chose : une prière qui ne porte plus sur la réponse, parce que la réponse a déjà été demandée, mais sur les jours qui restent avant elle.
Une prière dans l’attente d’une réponse
Voici une prière écrite pour cette page. Elle se dit le matin, une fois, et elle n’a pas besoin d’être répétée dans la journée.
Seigneur, j’attends une réponse qui ne m’appartient pas. Tu as entendu ma demande dès le premier jour : si je la redis, que ce soit pour Te parler, non pour Te relancer. Rends-moi les jours d’entre-deux, les visages, le sommeil, l’ouvrage. Et quand la nouvelle viendra, quelle qu’elle soit, trouve-moi debout dans ma vie.
« Quelle qu’elle soit » est la ligne difficile. Elle ne demande pas de se résigner d’avance, ni de faire semblant que l’issue t’importe peu. Tu peux souhaiter de toutes tes forces une réponse plutôt qu’une autre, et le dire. Elle demande seulement que ta vie ne soit pas suspendue à l’issue au point de ne plus exister d’ici là.
« Dès le premier jour »
Le livre de Daniel contient un récit d’attente d’une précision rare. Le chapitre 10 s’ouvre sur une durée : « En ce temps-là, moi, Daniel, je fus trois semaines dans le deuil » (Daniel 10.2). Il jeûne, il cherche à comprendre, et rien ne vient. Au bout des trois semaines, quelqu’un paraît au bord du fleuve et lui dit :
Daniel, ne crains rien ; car dès le premier jour où tu as eu à cœur de comprendre, et de t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes paroles que je viens.
Daniel 10.12 (Segond 1910)
Le texte sépare ici deux choses que l’attente confond toujours. Les paroles ont été entendues le premier jour. La réponse arrive trois semaines plus tard. Entre les deux, il n’y a pas eu de silence de Dieu : il y a eu un délai. Daniel ne le savait pas, et c’est exactement notre situation pendant l’attente.
Le récit donne aussitôt une raison : « Le chef du royaume de Perse m’a résisté vingt et un jours » (Daniel 10.13). C’est une raison propre à ce texte, et il serait imprudent d’en tirer une mécanique pour nos propres délais. On n’en saura pas autant sur les nôtres.
Mais il y a un détail que l’on peut garder sans rien forcer. Un chapitre plus tôt, le même Daniel a reçu une réponse le soir même, pendant qu’il priait encore :
Lorsque tu as commencé à prier, la parole est sortie, et je viens pour te l’annoncer ; car tu es un bien-aimé.
Daniel 9.23 (Segond 1910)
Une fois quelques heures, une fois trois semaines. Et les deux fois, le même mot : « bien-aimé », que le chapitre 10 reprend au verset 11, « homme bien-aimé ». La réponse rapide n’était pas une récompense, la réponse lente n’était pas une sanction. La durée de l’attente ne disait rien de la manière dont il était entendu.
Rendre grâce d’avance
Solanus Casey, portier d’un couvent capucin de Détroit pendant des décennies, recevait chaque jour des files de gens venus avec une demande, souvent une attente : un enfant malade, un emploi, une nouvelle. Ses frères ont retenu de lui une parole qu’il répétait : « Rends grâce à Dieu d’avance. »
On peut l’entendre de travers, comme une manière de forcer le oui en faisant comme s’il était acquis. Ce n’est pas ce que dit le récit de Daniel, qui ne promet aucune issue. Mais on peut l’entendre à partir de lui. Ce qui est acquis dès le premier jour, ce n’est pas la réponse que tu souhaites. C’est que ta demande a été entendue. De cela, on peut rendre grâce avant jeudi.
Le matin, une fois
Une piste concrète pour les jours qui restent, empruntée à un psaume du matin :
Le matin tu entends ma voix ; Le matin je me tourne vers toi, et je regarde.
Psaume 5.4 (Segond 1910)
Deux gestes, dans cet ordre. Dire sa demande, puis regarder. Le matin, dis une fois ce que tu attends, en une phrase, sans argumenter. Puis choisis une chose à faire aujourd’hui qui ne dépend pas de la réponse : appeler quelqu’un, finir un travail, préparer un repas pour d’autres. Le reste de la journée, quand la question revient, ne la redis pas. Rappelle-toi seulement qu’elle a été dite ce matin, et qu’elle a été entendue.
Si la réponse, quand elle tombe, est non, la prière après un refus commence là où celle-ci s’arrête. Mais d’ici là, les jours d’entre-deux ne sont pas une salle d’attente. Ce sont des jours.
Questions fréquentes
Quelle prière dire en attendant un résultat médical ?
Une prière qui ne rejoue pas le diagnostic. Dis une fois ce que tu espères, simplement, puis demande ce dont la journée a besoin : dormir, travailler, être là pour ceux qui t'entourent, ne pas chercher sur internet au milieu de la nuit. La réponse viendra d'un laboratoire ou d'un médecin ; la journée, elle, est déjà là et elle t'appartient.
Faut-il redemander chaque jour la même chose à Dieu ?
Rien ne l'interdit. Mais le livre de Daniel distingue deux moments que l'attente confond : la demande entendue et la réponse reçue. Daniel 10.12 situe le premier « dès le premier jour ». Redire sa demande pour parler à Dieu a du sens ; la redire pour s'assurer qu'elle a bien été reçue revient à relancer un dossier, et cela use.
Pourquoi Dieu fait-il attendre ?
La Bible ne donne pas de réponse générale. En Daniel 10, le texte donne une raison propre à ce récit, une résistance de vingt et un jours, et il serait imprudent d'en faire une règle. Ce qu'on peut en garder sans forcer : le même homme a reçu une réponse le soir même (Daniel 9.23) et une autre au bout de trois semaines, et il est appelé « bien-aimé » les deux fois. La durée ne mesurait pas l'amour.
Comment ne pas vivre l'attente entre parenthèses ?
En séparant la demande du reste de la journée. Le psaume 5 donne un geste : le matin, dire sa prière, puis regarder. Regarder la journée, pas le téléphone. Une chose faite aujourd'hui qui ne dépend pas de la réponse, même petite, rappelle que la vie n'attend pas avec toi.